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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 16:16

NÉCESSITÉ D'UNE RÉVOLUTION

Le philosophe du dix-neuvième siècle, a tenté d'exprimer l'état d'esprit de son époque en affir­mant : « Dieu est mort. » Il voulait dire par là que ses contemporains étaient en train de perdre la foi.

Il a également jeté un regard prophétique sur l'ave­nir et prédit que le vingtième siècle serait un siècle de guerres et de révolutions. Ses deux affirmations étaient liées l'une à l'autre par une logique beaucoup plus profonde que l'inventeur de la philosophie du « surhomme » ne le supposait : l'homme qui a cessé d'aimer Dieu ne continue pas bien longtemps à aimer son prochain, et il considère comme particuliè­rement ardu de tenter d'aimer un prochain d'une catégorie spéciale : son ennemi.

Nous sommes bien, en effet, dans un siècle de révo­lutions. Mais il n'est nullement fatal que ce siècle s'inscrive dans l'histoire comme celui de révolutions strictement économiques et politiques. La possibilité nous demeure toujours ouverte de faire de notre époque celle des révolutions glorieuses, celle des révo­lutions contre nous-mêmes. Il y a révolution chaque fois qu'une âme détrône le moi qui l'opprime et se soumet au principe d'amour. Une révolution se produit chaque fois que l'humilité remplace l'orgueil dans nos cœurs et que nous abandonnons la folle poursuite du « succès » et de la notoriété.

Ce type de révolution domestique trouve son modèle dans l'action de Nôtre-Seigneur lui-même. La nuit qui précéda sa mort pour la rédemption du monde, il s'agenouilla devant ses disciples comme s'il était moins que chacun d'eux. Auparavant, lorsqu'il les enseignait, il leur avait souvent dit de ne pas recher­cher à table les meilleures places ni d'essayer d'être célèbres parmi les hommes. Lorsque les apôtres s'étaient disputés entre eux pour savoir lequel était le plus grand, il les avait adjurés de procéder à une révolution de leurs valeurs. Il leur avait dit : « Les rois des nations les maîtrisent et ceux qui les dominent sont appelés bienfaiteurs. Qu'il n'en soit pas de même pour vous. Mais que le plus grand parmi vous soit comme le plus petit, et celui qui gouverne comme celui qui sert. Car quel est le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ? N'est-ce pas celui qui est à table ? Et moi, cependant, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. »

Naguère, Nôtre-Seigneur avait formulé la révolu­tion de l'humilité ; après la Cène, il la mettait en pratique : « Il ôta ses vêtements et prit un linge dont il se ceignit. Ensuite, il versa de l'eau dans un bassin et il se mit à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. » En ce temps-là, seuls des esclaves étaient chargés de besognes aussi serviles. Et c'était un formidable renversement des valeurs que le Maître des Maîtres, le Roi des Rois s'agenouillât devant vingt-quatre pieds calleux et suants pour les laver... exactement comme son abso­lution continue à laver nos cœurs calleux et nos âmes souillées. Toutes les valeurs humaines se trouvaient effondrées pour toujours par cette stupéfiante révo­lution que le Christ formula en ces termes : « Celui qui s'élève sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé. »

A compter du jour où ces paroles furent prononcées, César perdit son trône. Le principe de l'exploitation était aboli, l'arrogance et l'orgueil étaient bannis... Depuis lors, tous les chrétiens ont été mis en garde contre la tentation de juger selon les jugements du monde et de rechercher pour eux-mêmes les récom­penses que le monde peut accorder. En même temps que l'eau coulait des mains divines, cette nuit-là, les vieux systèmes de morale se démodaient et les plus nobles conquêtes des anciens cessaient d'être à l'échelle de l'homme. A partir de ce moment-là, les pires désordres possibles de l'âme étaient connus : c'étaient le refus de servir autrui et la prétention de mériter des privilèges spéciaux. Une nouvelle loi était née : elle affir­mait l'égalité de tous les hommes devant Dieu et proclamait ensuite la beauté de l'humilité. Celui qui s'était abaissé en devenant un homme multi­pliait maintenant les bienfaits et soulignait la leçon en réduisant son infini au service de ses serviteurs.

La révolution à l'intérieur de l'âme, c'est l'aventure chrétienne. Elle ne requiert aucune haine, elle ne revendique aucun droit individuel, elle ne réclame aucun titre ambitieux, elle ne dit aucun mensonge. Dans une révolution de cette sorte, c'est l'amour qui opère de l'intérieur, un peu comme une cinquième colonne, fidèle à Dieu, au sein de nos personnes déchi­rées. Pareille révolution détruit l'orgueil et l’égoïsme, l'envie et la jalousie, et ce besoin d'être « le premier » qui nous empêche de respecter les droits d'autrui. L'épée qu'elle brandit ne menace pas le prochain, elle ne menace que la surestimation absurde de nos personnes. Dans les autres révolutions, il est aisé de se battre, car c'est contre un « méchant ennemi » que nous sommes en guerre. La révolution chrétienne, en revanche, est difficile, car l'ennemi auquel il nous faut donner l'assaut est une partie de nous-mêmes. Et pourtant, c'est là la seule révolution qui aboutit à la véritable paix : les autres rébellions ne s'achèvent jamais, car elles manquent toujours leur but : elles laissent de la haine bouillonner dans l'âme des hommes.

La pensée contemporaine se concentre sur les révo­lutions du monde extérieur, des nations et des classes, des races, des partis et des clans. Notre divin Seigneur, lui, n'a pas pris comme premier objectif la révolution sociale. Il a d'abord refait l'individu, grâce à sa Résur­rection ; ensuite, il a envoyé son esprit dans l'homme et régénéré le monde antique.

Saint Augustin a dit : « Ceux qui troublent la paix dans laquelle ils vivent, ne le font pas par haine de cette paix, mais pour montrer qu'ils ont le pouvoir de l'altérer. » Les guerres éclatent lorsque les hommes projettent leurs conflits intérieurs dans le monde extérieur ; la paix viendra lorsque de nombreux hommes auront accompli leur révolution intérieure, brisé leur orgueil et détruit leurs ambitions égoïstes.

La paix qui découle de pareilles hostilités spirituelles peut exercer une heureuse contagion d'âme en âme, et apporter la paix sur la terre à tous les hommes de bonne volonté.

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen)

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