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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 17:26

    LES SOUTERRAINS

le monde moderne a un curieux amour des sou­terrains, il aime les caves sombres et profondes des existences humaines, il aime à plonger dans les zones subhumaines de nos vies et à les analyser. Cette attraction est, partiellement, une réaction contre un excès exactement contraire.  Il y a un siècle, les hommes étaient persuadés qu'ils avaient atteint de nouveaux sommets  d'existence.  Ils  parlaient  du  progrès inévitable, du triomphe sur la mort, de la transformation des hommes en dieux et de la terre en paradis.

Aujourd'hui, la présomption de nos grands-parents a cédé la place au désespoir de nos contemporains. Pris de vertige à des altitudes artificielles, l'homme a chu au fond des profondeurs, dans le plus terrible désespoir. Son enthousiasme délirant s'est transformé en dégoût, ses perspectives de plaisirs accrus ont abouti à la satiété, et ses espoirs extravagants de succès temporels ont tourné à la nausée.

Deux catégories de spécialistes des choses souter­raines ont surgi dans les temps modernes : les uns analysent les travailleurs considérés en tant que « masses » ; les autres étudient l'inconscient dans l'âme des individus. Les peuples sont devenus des « masses » qui ne peuvent être manipulées par un dictateur que lorsqu'elles ont perdu le sens de leurs responsabilités et de leur dignité. Lorsqu'elles sont réduites à cette condition, elles offrent une proie facile aux forces étrangères et extérieures ; telles sont les premières conditions de l'établissement de l'état totalitaire. Les communistes et les fascistes le savent bien.

Les spécialistes de la deuxième catégorie sont les gens qui prennent pour terrain de recherches la partie subrationnelle, involontaire, subhumaine de l'intel­ligence de l'homme : son inconscient dans lequel l'esprit refoule des fragments de pensée. Le sub­conscient a, en fait, une influence sur le comportement humain ; mais ce n'est pas là le seul facteur ni celui qui, en définitive, est déterminant. Une éraflure sur le gland dont il est issu peut expliquer, dans une cer­taine mesure, la forme du chêne arrivé à maturité ; mais la lumière, la chaleur et les forces invisibles de la vie sont également responsables de son état présent.

Ces groupes jumeaux de chercheurs « souterrains » nous donnent la clef de notre époque. En effet, comme Virgile, les hommes ont toujours eu tendance à se représenter l'enfer au fond des abîmes, et bien que l'Eglise ne se soit jamais prononcée sur la géographie de l'enfer, l'imagination populaire le situe sous la terre. Il en résulte que lorsque l'intérêt public se concentre sur ce qui est « sous » quelque chose, il y a psychologiquement des chances pour que la question de l'enfer soit l'idée de derrière la tête de toute une génération de penseurs et de lecteurs.

Ceux qui braquent leur attention sur l'inconscient, ceux qui en étudiant la libido et les instincts sexuels espèrent résoudre les problèmes de l'existence, ces gens-là cherchent le bonheur dans les «sous-régions» où on ne le rencontre jamais. C'est seulement grâce à la raison et à la volonté (qui sont des phénomènes d'essence divine) que les êtres humains peuvent atteindre à la paix. La tragédie de notre temps, c'est le désespoir de ceux qui ont réussi : leur misère n'a point pour origine la faillite de leurs plans, mais le fait que, les ayant réalisés, ils ne trouvent pas le bonheur.

Ce Tout auquel ils aspirent (profits matériels et triomphes temporels) se métamorphose en Rien dès qu'on en a la possession. Et Rien, c'est le pôle opposé à celui de Dieu et de sa création. L'enfer, c'est le moi gorgé de ses concupiscences satisfaites, contraint de se consumer pour toujours sans espoir de délivrance.

Le monde d'aujourd'hui attend une résurrection. Les masses qui sont submergées par des pouvoirs dictatoriaux attendent qu'on casse les reins du ser­pent afin d'être libres d'agir de leur propre autorité, comme elles le firent lorsque notre constitution fut écrite. Car cette constitution précisait : « Nous, le peuple ordonnons et établissons un gouvernement... »

De même les âmes qui sont individuellement cadenassées dans la misère de leur moi inconscient, qui opèrent au niveau subhumain du comportement animal et instinctif, ces âmes ont besoin d'une résurrection pour les arracher à la tombe où leur satiété les a placées. Elles aussi, elles aspirent à la lumière.

Il y a de la vie dans l'œuf, mais pour que cette vie en jaillisse, il faut briser la coquille. Il y a aussi de la vie dans les masses dépossédées et dans les âmes individuelles ensevelies et frustrées. Mais dans l'un et l'autre cas, la coquille doit être brisée, et brisée de l'extérieur. Il faut pour cela une Puissance qui ne soit pas humaine, qui soit divine.

Ce que chaque âme, doit se demander, est ceci : Est-ce que je veux continuer à vivre dans la coquille ou est-ce que je désire être portée à un point d'incuba­tion spirituelle ? Ceux qui se trouvent à l'intérieur des coquilles peuvent en sortir s'ils permettent à Dieu de les libérer en écrasant la carapace d'égoïsme qui les prive de sa lumière.

C'est là une question grave. Et ceux qui refusent de prendre au sérieux les questions morales ou spiri­tuelles finissent par prendre au sérieux ce néant qui est le domaine de l'éternel souterrain. Par contre, si nous prenons l'âme au sérieux, nous devenons capables de prendre toutes les autres choses plutôt à la légère. C'est là le commencement du bonheur, dans ce monde et dans le suivant.

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen)

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