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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 18:04

Ouvriers  de la dernière heure…      (2-2)

Le maitre  sortit vers la troisième.... la sixième et la neu­vième heure.

Il a sans cesse besoin d'ouvriers, aussi, ne se contente-t-il pas des premiers, et il passe, repasse sur la  place où, à toute heure, il trouve des activités à employer. Ainsi sont symbolisées les intermittences possibles au ser­vice de Dieu, à quoi il faut remédier.

1° Intermittences. — Dieu nous a appelés et nous avons répondu.  Malheureusement la  persévérance  dans l'effort est pénible et, de ce fait, subit des interruptions. Il nous arrive, après avoir travaillé quelque temps, de nous retrouver « sur la place, désœuvrés ». Lorsque nous nous examinons au moment d'une bonne retraite, nous constatons peut-être ici ou là quelque progrès, plus sou­vent des reculs et des stagnations.

Cela tient à deux causes : atténuation de la lumière, attiédissement de la chaleur. Ce qui lance, en effet, la volonté en avant, c'est la conviction acquise sous l'in­fluence d'une bonne méditation, d'une forte lecture, d'une bienfaisante parole. Ces causes n'agissent pas à jet continu, et si nous négligeons de reprendre un contact fréquent avec la vérité que nous avons, par elles, entrevue, sous un angle plus impressionnant, cette vérité s'estompe à l'ho­rizon et perd de sa force d'impression. Comme la volonté suit l'intelligence, celle-ci étant moins claire, celle-là devient plus lâche. Facilement alors, on cède aux appels d'une vie moins tendue vers l'idéal, moins généreuse, moins fidèle.

Regardons la route parcourue. Nous devions être ouvriers de la première heure ; la troisième est passée, la sixième, la neuvième, et nous en sommes toujours au même point, ni plus surnaturels, ni plus vertueux, ni plus zélés.

J'ai, ô Jésus, de grands motifs de m'humilier devant vous. Même si j'avais fait tout ce que je devais, je n'aurais pas à être fier. Vous m'avez appris que, chaque soir, je n'ai qu'à dire : « Nous avons fait ce que nous devions faire ; •nous sommes des serviteurs inutiles. » (Luc., 17, 10). Que dois-je dire en constatant que je suis inconstant, hésitant, jamais définitivement fixé sur la voie montante ? Ayez pitié de moi.

2° Constance. — Si nous ne sommes pas fermes dans notre labeur spirituel, Dieu l'est dans l'appel par quoi il nous convie à nous y appliquer. « Voici que je suis à la porte et je frappe. » (Apoc., 3, 20) ; comme le maître revient à chaque instant voir ce qui se passe sur la place, ainsi des avances divines. Jamais la grâce ne se lasse ; infinie est la patience de Celui qui i la dispense. Aussi bien, serons-nous sages de ne pas rester là sur la route, mais dès que nous constatons que nous nous sommes arrêtés, de recom­mencer à marcher.

Parce que le laboureur n'est allé qu'au quart, qu'au tiers de son sillon, cela n'empêche pas que les trois quarts, les deux tiers restent à tracer et doivent l'être.

L'existence est faite de reprises sans fin des mêmes activités. C'est la loi des choses ; le soleil se lève, il se couche, pour se lever et se coucher encore indéfiniment. C'est la loi des personnes, l'artisan va à sa tâche et pour lui, les jours se suivent et se ressemblent.

Reprenons-nous donc sans fin, ni étonnés, ni lassés d'avoir à le faire. Nous savons que la couronne est pro­mise aux obstinés. Pour nous la donner, le Maître n'exige pas de nous trouver victorieux, mais, de nous voir, au moment où il nous appellera, les armes à la main.

Seigneur, c'est bien souvent que j'ai entendu votre voix, jamais moins bonne, moins aimante. Je veux tâcher d'y mieux répondre. Au fait, il est bon que je pense que, dans l'existence, à une heure mystérieuse, il y a un effort maître à accomplir, triomphateur, définitif, entraîneur de tous les autres. Je serai attentif à ne le point manquer et je m'établirai ainsi, autant que possible, dans la constance à votre service.

Il sortit... vers la onzième heure.

Il n'y a plus qu'une heure avant la fin du jour, et cependant, il se trouve encore des ouvriers inemployés. Il faut croire que le travail est bien abondant, puisque, même ceux-là, le maître n'hésite pas à les engager à sou service.

1° Ouvriers de la dernière heure. — Nous les con­naissons trop ces baptisés qui, une fois la première com­munion faite, ne mettent plus les pieds à l'église, et qui, cependant, récompense du bien qu'ils ont pu faire au cours de leur vie, reçoivent à la fin la grâce insigne des derniers sacrements. Dieu les a appelés jusqu'au bout, ils ont fini par l'entendre.

Est-ce bien rassurant cette réconciliation in extremis, à la suite d'une longue existence d'oubli ou d'offenses ? Y a-t-il réconciliation réelle ? Si grandes sont les difficultés de penser, d'agir, pour un mourant, surtout, dans un ordre d'idées où, non seulement il manque d'entraînement, mais que tout son passé contredit ! Angoissante question qui nous incite à un grand zèle pour la conversion des pécheurs.

Mais risquons-nous d'être ouvriers de la onzième heure ? Hélas ! Oui ! Éloignons la supposition, pourtant faisable, d'une âme qui ne fut pas à son devoir, et qui voit la mort s'approcher, alors qu'elle est dans un état ne laissant aucun doute sur la place qu'elle aurait dans l'éternité, si elle ne faisait pas volte-face.

Une autre supposition, qu'on ne peut guère méconnaître, c'est celle d'un homme qui a reçu les mêmes lumières que ses amis, mais qui, alors que ceux-ci progressaient en vertu, est resté plus qu'imparfait. Visibles sont ses défauts, non édifiantes ses allures, et les années, les mois qu'il a devant lui sont plus que mesurés. Que va-t-il faire ? Rester comme il est, et attendre stupidement la fin ; ou, opérer coûte que coûte un redressement généreux et total ? S'il a bien la foi, il n'hésitera pas et, ouvrier de la dernière heure, il répondra à l'appel du Maître : « J'ai dit, je com­mence », tant qu'on a un souffle de vie, c'est toujours temps.

Trois formes de morts sont devant moi, ô mon "Dieu, mort affreuse, mort douteuse, mort heureuse. J'élimine les deux premières, je choisis la troisième ; mais il faut pour cela que je me hâte ; ce n'est pas au dernier moment qu'on improvise un coup de maître, et il s'agit d'en faire un, pour bien mourir. Convertissez-moi tout de suite, et main­tenez-moi sur la voie.

2° Bonté du Maître. — Inépuisables sont les trésors de la miséricorde de Dieu, et, où que nous en soyons, quoi que nous ayons derrière nous, il ne nous est pas permis de mettre en doute sa bonté : « Je ne veux pas la mort de l'impie, mais qu'il se convertisse et qu'il vive. » (Ez., 33, 11).

La vision est attendrissante de Jésus-Christ sur la croix, ouvrant les portes du paradis au larron pénitent, juste avant son dernier soupir. Il faut relire dans les prophètes, les appels du Seigneur aux pécheurs ; adorable est la paternelle clémence dont il les assure : « Si vos péchés sont comme l'écarlate, ils deviendront comme neige ; s'ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront blancs comme la laine. » (Isai., 1, 18). .Nulle place, donc, pour la déses­pérance, le découragement, même simplement la tristesse. Dieu veut notre salut, c'est absolument sûr ; sa grâce est toute-puissante, c'est non moins sûr ; que faut-il de plus ? Rien que notre confiance et notre amour. Un acte sincère et ardent de charité, donc plein de filial abandon, donne plus de gloire à Dieu que ne lui en ont enlevé de nombreux péchés mortels. Hâtons-nous, quelque heure qu'il soit, serait-ce l'avant dernière ou la dernière, n'hésitons pas à aller au Père ; c'est plus que temps, mais c'est toujours temps.

Mon Dieu, je viens à vous, je veux être à vous. Si, à une heure de folie je m'écartais de vous, ramenez-moi toujours à vous, n'aurais-je plus que quelques minutes, à vivre.

Ils reçurent chacun un denier.

La journée finie, chacun reçoit son salaire ; comme il avait été convenu, il est le même pour tous. En dépit de cette entente préalable, il y a des mécontents. A la fin de notre existence nous recevrons chacun selon nos mérites.

1° Récompense identique. — Vie, vie éternelle, royaume des cieux, telles sont les expressions employées par Nôtre-Seigneur pour désigner la récompense de nos efforts de perfection. Nous savons de quoi il s'agit : « La vie éternelle, c'est qu'ils vous connaissent, mon Dieu et celui, que vous avez envoyé : Jésus-Christ. » (Joan., 17, 3). Malgré les divergences d'écoles relativement à l'essence de la béatitude formelle, nous sommes d'accord avec la philosophie et l'Écriture en admettant, comme le fait saint Thomas, qu'elle consiste dans la vision : « Nous le verront comme il est, face à face. » C'est ainsi pour tous les élus : il n'y a pas deux gloires, à tous le ciel réserve la connais­sance claire et intuitive, sans effort de raisonnements, de Dieu comme il est en lui-même. Il y a des saints qui, ici-bas furent des illettrés, d'autres qui furent des génies, il n'y a pas un Dieu pour ceux-ci, un Dieu pour ceux-là, chacun d'eux est rempli de la même lumière à la mesure de ses capacités réceptives, et chacun est satisfait.

Il est bienfaisant de vivre de cette pensée du « denier céleste » qui récompensera nos travaux ; il est bon de songer à la disproportion entre ce que nous donnons et ce que nous recevrons : encouragement et soutien. Qu'on ne tire pas de là cette conséquence que notre religion est insuffisamment pure parce que intéressée. Sans discussion théologique, réfléchissons que tout amour est intéressé nécessairement, essentiellement, et que Jésus nous veut dans la joie : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète. » (Joan., 15, 11).

Mon Dieu, j'espère avec une ferme confiance que vous me donnerez votre gloire dans l'autre monde. Cette dis­position vous agrée ; « les bienheureux me disent : nous avons l'espoir d'être sauvés. » ; je vous supplie de me faire grossir leur nombre.

2° Récompense différente. — Elle est pittoresque la comparaison qu'emploie saint Paul : « Autre est la clarté du soleil, autre la clarté de la lune, autre la clarté des étoiles ; une étoile diffère d'une autre en clarté. » (1 Cor., 15, 41). Et cependant, il n'y a qu'une seule lumière essentielle. De même qu'ici-bas il y a différents degrés de grâce, eu égard aux multiples façons de correspondre aux exigences divines, de même dans l'éternité, il y a différents degrés de gloire, selon les mérites variés des élus. Multiples sont les couronnes : celle de l'évangéliste n'est pas celle du patriarche ; celle de l'apôtre n'est pas celle de la vierge ; celle du martyr n'est pas celle du confesseur ; et cepen­dant, « le même Seigneur de tous est riche envers tous ceux qui l'invoquent. » (Rom., 10, 12).

Et parce que chacun possède autant qu'il le peut ce Seigneur d'infinie bonté et d'éternelle gloire, il n'y a qu'harmonie et joie, charité et bonheur ; tous les désirs sont satisfaits, nul n'envie ce qu'a son voisin ; c'est la quiétude, la paix parfaites.

Il serait excellent que, dès ici-bas, on s'exerçât à vivre ainsi d'unité, chacun à sa place et content d'y être, parce que comprenant qu'il est dans la volonté de Dieu, qui veut le meilleur pour chacun de nous. Dans une forêt il y a des arbres de tailles bien distantes les unes des autres ; le roseau ne jalouse pas le chêne, le chêne ne méprise pas le roseau, et la forêt est belle, le même soleil la pénètre, les mêmes zéphires la rafraîchissent.

O Jésus, vous avez demandé pour nous à votre Père l'union en vous ; de tout mon cœur je vous adresse moi-même cette prière, afin de commencer sur cette terre la vie du ciel.

Est-ce que votre œil est mauvais parce que je suis bon ?

La fin de la parabole en renferme tout le sens. Dieu parle, il s'agit de son royaume; il y a d'abord appelé les Juifs, puis, vers la fin des temps, les Gentils, auxquels, par son Christ, il a donné autant qu'aux premiers. Tous seront admis, et au même titre, dans l'Eglise chrétienne. La Synagogue n'a pas voulu l'admettre ; elle s'est ainsi exclue du royaume. De cet enseignement ressort l'affir­mation :

1° Justice. — Nombreux sont les problèmes de Provi­dence que notre pauvre esprit n'arrive pas à résoudre. Ce n'est pas étonnant ; nous sommes étroits et petits ; ne voyant pas de très haut, nous ne voyons pas très loin ; aussi, nos jugements, parce qu'insuffisamment éclairés, sont fatalement exposés à être erronés. , Sages serions-nous de nous abstenir d'en porter en certains cas, surtout de les formuler. Admettons l'incompréhensible et atten­dons l'heure du grand jour.

D'après nos  manières  d'apprécier,  nous  souscririons volontiers à la plainte des ouvriers de la première heure, pas plus payés que ceux de la dernière. Pourtant, en stricte justice, nous aurions tort : « Mon ami, je ne te fais point d'injustice n'es-tu pas convenu avec moi d'un denier ? » Si des droits avaient été lésés, la réclamation eût été fondée ; il n'en était pas ainsi ; ce qui avait été convenu, promis, accepté, était consciencieusement donné. Reste au maître le droit d'être plus généreux pour l'un que pour l'autre ; nul ne peut le lui refuser, et s'il en use, il ne commet nulle injustice.

En présence de certains événements, nous restons son­geurs. N'essayons pas de trouver une réponse satisfai­sante aux questions de notre petit esprit ; la vraie lumière le déborde. Dieu est juste, il est libre ; taisons-nous et adorons en paix. Pourquoi ceci et pas cela, pourquoi lui et pas moi, pourquoi le triomphe des mauvais et l'humi­liation des bons ? Impossible de savoir. Nous sommes ici-bas, bien bas, Celui qui est en-haut, très-haut, sait, et cela suffit à notre foi, à notre amour. Justice de Dieu, liberté de Dieu, amour de Dieu, c'est tout un en lui, c'est tout lui-même.

Mon Dieu, je suis souvent étonné, attristé, inquiet devant les événements ; c'est que je manque de confiance. Pardonnez-moi ; vous êtes la 'Sagesse infinie ; je m'aban­donne à vous.

2° Bonté. — En soldant le salaire promis et accepté, le maître était juste ; le mécontent ne l'était pas, qui voyait du mal, là précisément où il y avait une touchante lar­gesse.

Dieu n'est que bon, et sous les jeux de sa Providence il y a une miséricorde infinie. Quelles que soient les secousses qui bouleversent l'humanité, quelles que soient nos épreuves personnelles, si nous songeons à la multiplicité, à la gravité des péchés qui se commettent sans cesse, ne dirons-nous pas avec le prophète : « C'est grâce, à la misé­ricorde de Dieu que nous ne sommes pas anéantis. » (Tess., 3, 22). En fait, et essentiellement, Dieu ne doit rien à personne, et il donne tout. Au lieu de nous étonner, de chercher des explications à notre mesure et que nous croirions raisonnables, nous ferions mieux de nous appliquer à discerner la bienveillance, la bienfaisance, la libé­ralité, la patience, la longanimité, la clémence divines par rapport à tout ce qui se passe en nous et autour de nous. Ainsi, nous éliminerions de notre âme rancunes, amertumes, jalousies, préoccupations anxieuses.

Mon Dieu, je ne veux pas mériter le reproche d'avoir « l'œil mauvais ». Je me reposerai, les yeux fermés, sur votre bonté, persuadé que vous voulez le bien de tous, et qu'à l'heure suprême, j'admirerai la condescendance de vos desseins.

Extrait de : STELLA MATUTINA, Méditations quotidiennes. Mgr A. Gonon. (1947)

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