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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 18:07

Audience générale du Pape Paul VI,  3 août 1966

Chers Fils et chères Filles,

Vous savez qu'en cette période postconciliaire Nous consacrons ce bref entretien à de modestes considérations sur l'Église, cherchant ainsi à suggérer des pensées spirituelles simples et bonnes en souvenir de l'audience générale hebdomadaire.

Eh bien, mercredi dernier, à la suite d'une telle audience au cours de laquelle Nous avons dit quelques mots de l'Église militante, Nous avons reçu dans une audience suivante un groupe de petits visiteurs qui Nous ont profondément émus. Il s'agissait d'aveugles et de sourds-muets, pieusement assistés et conduits par de bonnes personnes au cœur d'or. Devant ces pauvres visiteurs, l'idée^ Nous est immédiatement venue: et ceux-ci ne sont-ils pas l'Église ? Leur visage, malgré leur triste condition, était empreint de sérénité, une sérénité alors quelque peu émue de se savoir en présence du Pape, mais confiante aussi, comme s'il s'agissait d'une rencontre avec une vieille connais­sance, avec un père qu'ils semblaient deviner être là pour eux, et même leur devoir une certaine préférence. Pauvres enfants! Quelle pitié! Quelle affectueuse compassion ils ont suscitée dans Notre 'esprit. A un certain moment un filet de voix, un chant timide s'éleva d'une partie du groupe des aveugles, et le chant se fit tout de suite plus sûr et joyeux. Ces pauvres enfants ne pleuraient pas, ne criaient pas. Ils chantaient. Notre cœur était plein de tendresse et d'admiration. Comme Nous aurions voulu consoler, guérir ces pauvres, créatures condamnées pour la vie à une douloureuse existence. Et la question de nouveau se posait à Nous: ne sont-ils pas eux aussi l'Église, enfants de l'Église, symboles de 1 Église, ces êtres souffrants si éprouvés par la malchance, tellement soutenus par la foi, tellement assistés par la charité, tellement consolés par la piété ?

__ Bien sûr! Eux et tant de leurs semblables Nous font voir l'Église souffrante, que l'on peut bien appeler la vraie Église des béatitudes évangéliques, la vraie Église de la réalité vécue, l'Église qui pâtit dans le drame de l'histoire, l'Eglise qui soupire et pleure dans l'attente de la vie promise à ceux qui, avec le Christ, auront porté sa croix.

Nous estimons qu'il est opportun et que c'est notre devoir de réfléchir sur les rapports entre l'Église du Christ et l'humanité souffrante. L'idée d'Église est de sa nature associée à celle d'un bonheur, d'une félicité, d'un royaume plein de lumière et de vie, si bien que nous oublions facilement que la béatitude annoncée, promise et réalisée est, pour le temps de notre vie terrestre, essentiellement spirituelle et jamais totale. C'est la béatitude de la conscience et de l'espérance qui n'atteindra sa plénitude que par delà notre pèlerinage dans le temps. Les béatitudes de l'Évangile projettent dans l'avenir l'achèvement de leurs promesses. Spe enim salvi facti sumus, en effet, dit saint Paul, nous sommes sauvés en espérance (Rom. VIII, 24). Et saint Pierre écrit: Dieu ... nous a régénérés pour une vivante espérance (1 Pierre I, 3).

Cela veut dire que l'Église, c'est-à-dire la religion chrétienne, n'est pas une société d'assurance contre les maux de la vie présente. Plus encore, si on y prête attention, c'est une société où les souffrances humaines trouvent un accueil de préférence. Oui, l'Église est tout entière préoccupée d'alléger les maux de l'homme, en premier lieu le péché, puis la douleur, la misère, la mort. Elle est pleine de pitié pour toutes les déficiences humaines. Et c'est précisément pour cela que circule, entre l'Église et l'homme qui souffre, une profonde sympathie. Aucune philanthropie ne peut, dans l'ordre des principes comme dans celui de l'expérience vécue, rivaliser en sollicitude à l'égard des besoins de l'homme avec la charité qui, elle, ajoute à tous les motifs d'intérêt naturel la valeur surnaturelle de la dignité de tout être humain, reconnu enfant de Dieu et frère dans le Christ. Et de plus, elle fait sentir l'urgente nécessité du suprême pré­cepte évangélique qui ordonne d'aimer ceux qui sont plus petits, plus seuls, plus miséreux, qui souffrent davantage.

Celui qui sait correctement évaluer ce rapport peut com­prendre, chez l'Église, la tendance à se pencher amoureusement sur les pauvres et les malheureux et même à faire d'eux ses enfants privilégiés, à se donner à elle-même le titre, humble et glorieux, d'Église des pauvres; et aussi à se proposer la pauvreté comme un programme. La première béatitude du Sermon sur la montagne résonne sans cesse dans le coeur de l'Église. Nous en avons entendu l'écho devenir plus fort et plus pressant durant le Concile (cf. décret Christus Dominus, n. 13; et Prestyt. ordinis, n. 6).

Et celui qui considère attentivement ces rapports entre l'Église et la souffrance humaine pourra également comprendre quelque chose du mystère d'adversité que cette même Église rencontre et subit. La passion du Seigneur, chef de l'Église, se poursuit dans ses membres, dans son Corps mystique, l'Église (cf. Col. I, 24). Vous le savez, telle est l'histoire de l'Église. Non seulement l'histoire antique mais, dans de nombreuses régions du monde, l'histoire présente. « Le Christ, dit le Concile, a accompli son œuvre rédemptrice dans la pauvreté et la persécu­tion, ainsi l'Église est-elle appelée à prendre la même voie pour communiquer aux hommes les fruits du salut » (Lumen gentium, n. 8). Et il cite saint Augustin: « L'Église va de l'avant, mar­chant parmi les persécutions du monde et les consolations de Dieu: inter persecutiones mundi et consolationes Dei peregrinando procurrit Ecclesia » (De Civ. Dei 18, 51, 2: P. L. 41. 614).

Oui, très chers fils, nous devons nous rendre compte que nous appartenons non pas à une Église triomphante, mais à une Église militante, combattue et souffrante. Voudrions-nous pour cela moins aimer l'Église? Refuserions-nous de participer à sa pauvreté et à sa passion ? Oublierions-nous que l'Église, dans sa souffrance aussi et précisément à cause de cette souffrance, expérimente conjointement les « consolationes Dei » et sura­bonde de joie dans toutes ses tribulations (2 Cor. VII, 4) ? N’aimerons.-nous pas encore davantage notre Mère, la sainte Église, précisément parce qu'elle souffre?

C'est à cela que Nous vous invitons tous en vous donnant Notre Bénédiction apostolique.

Paul VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

(Texte italien dans L'Osservatore Romano du 4 août 1966. Traduction des Actes Pontificaux.)

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