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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 16:40

Audience générale du 27 juillet 1966 '.

Chers Fils et chères Filles,

Vous aussi, comme tous ceux qui, membres ou non de l'Église, ont été obligés par le grand événement du Concile œcuménique de réfléchir sur la nature et la mission de l'Église, vous vous êtes certainement demandé: réellement, que fait l'Église? Quelle est sa mission ? Quelle est son activité précise ?

Les réponses à ces questions sont faciles, bien qu'elles ne manquent ni d'importance ni d'intérêt. Il est clair que l'Église vit et œuvre pour continuer et étendre la mission même du Christ. L'idée fondamentale, qui commande toute la doctrine sur l'Église, est celle de la continuation. L'Église est un prolon­gement et un développement de l'Évangile. L'Église apporte le Christ dans le temps, dans les siècles, dans l'histoire; et elle avance vers la rencontre finale, eschatologique, avec le Christ glorieux. Une parole du Seigneur l'assure: Je suis avec vous, tous les jours, jusqu'à la fin du monde (Math. XXVIII, 20). Mais cette continuité n'est pas purement statique, immobile, conser­vatrice. L'Église n'est pas une institution repliée sur elle-même, simplement préoccupée de se défendre et de se conserver. L'Église est faite pour rendre témoignage. Le Seigneur dit aux Apôtres avant de les quitter: Vous serez mes témoins jusqu'aux extrémités de la terre (Actes I, 8). L'Église est destinée à couvrir la terre, elle a été instituée pour toute l'humanité; elle est uni­verselle, c'est-à-dire catholique.

Il faut bien réfléchir sur cette vocation propre de l'Église et se rappeler comment le Seigneur a voulu que nous nous la repré­sentions comme une semence qui, de sa nature, doit germer, croître et fructifier; ou comme un levain qui pénètre, soulève, gonfle la pâte et lui donne sa saveur.

Cela signifie que l'Église, de par sa nature, est apostolique, c'est-à-dire missionnaire, entendant par là qu'elle est toujours active et tout entière engagée à répandre^ son message de salut, sa conception de la vie et du monde, son Évangile.

Que fait donc l'Église? Cela saute aux yeux: elle parle, elle prêche, elle propose, elle répand, elle proclame la doctrine du Christ. Elle prêche sur les toits ce qui lui a été murmuré à l'oreille (cf. Math. X, 27). L'Église, là où elle vit, là où elle est comprise, là où elle est fidèle au mandat du Christ, exerce une activité principale irremplaçable: elle annonce la Parole de Dieu. La foi, base de tout le système doctrinal et moral du christianisme, exige cette annonce, exige la prédication: La foi naît de la prédication, dit saint Paul, fides ex auditu (Rom. X, 17). La catéchèse — une catéchèse exacte, fidèle, orthodoxe, pas arbitraire, pas changeante — est son premier devoir. La liturgie de la parole précède la liturgie eucharistique. L'Église est l'écho incessant, exact et autorisé, des enseignements du Seigneur. L'Église est un apostolat, elle est une école, elle est une « propa­gation de la foi », elle est un effort qui va jusqu'à l'obstination (vous rappelez-vous ce que disaient les Apôtres ? Nous ne pouvons pas... ne pas parler—Actes IV, 20), et jusqu'au sacrifice (vous souvenez-vous d'Étienne ? Et que sont les martyrs sinon les prédicateurs, les témoins de l'Évangile, par leur sang?).

Nous ne verrions pas la fin de ces simples considérations si Nous voulions montrer, à l'aide de citations des textes conciliaires, comment et combien l'Église, en ce grand acte de réflexion sur elle-même au cours du Ile Concile du Vatican, a confirmé et exprimé cette mission propre, fondamentale, qui est la sienne: être apostolique, être rnissionnaire, se répandre. « Durant son pèlerinage sur terre, l'Église de sa nature est missionnaire » proclame le décret conciliaire Ad génies (n. 2).

Et, vous le savez, ce qui caractérise le récent Concile c'est la reconnaissance de la vocation de tous les fidèles, plus encore, de l'obligation qu'ils ont tous de « répandre la foi et de la défendre, par la parole et les œuvres, comme de véritables témoins du Christ » (Lumen gentium, 11). Et cette reconnaissance se précise dans l'affirmation qui étend aux laïcs catholiques le droit-devoir à l'apostolat (ibid. 33; Apostolicam actuositatem, 2, 3, etc.).

Cette doctrine merveilleuse, nouvelle en un certain sens, indique ce que fait l'Église: elle appelle les hommes, les instruit, les fortifie, les mobilise, les fait participer à sa mission de salut, éveille en eux la conscience d'un messianisme commun et favorise en chacun d'eux le dévouement à la cause du Christ, non par un rêve de conquête et de puissance, mais par une exigence d'amour envers tous les vivants et pour la gloire du royaume de Dieu.

Nous voudrions ici demander à chacun si vous avez fait attention à cette nouvelle vigueur apostolique qui doit au­jourd'hui s'emparer des âmes de tous ceux qui se disent catho­liques et les rendre tous capables de donner sur le Christ un témoignage nouveau et positif. C'est ce que devrait être « l'après-concile », c'est là le renouveau, 1'aggiornamento souhaité par le Concile œcuménique.

A ce propos, vous observerez deux phénomènes différents et divergents. Celui de ces fils de l'Église qu'on dirait fatigués d'être catholiques et qui profitent de cette période de révision et d'adaptation de la vie pratique de l'Église pour tout mettre en question, pour se lancer dans une critique systématique et négative de la discipline ecclésiastique, pour chercher la voie la plus facile pour le christianisme, un christianisme vidé de l'expérience et du développement de sa tradition, un christia­nisme complaisant à l'esprit des autres opinions et aux mœurs du monde, un christianisme non contraignant, non dogmatique, « non clérical », comme ils disent. Est-il possible que du Concile découle logiquement une telle lassitude d'être catholique ?

L'autre phénomène est, au contraire, la découverte qu'on est catholique et la joie de l'être, et avec la joie une nouvelle ferveur dans l'action qui met en tant de cœurs des désirs, des espérances, des résolutions, des audaces en vue d'une nouvelle activité apostolique. Le Concile a suscité une génération d'esprits vigi­lants qui ont entendu l'appel suppliant de l'Église à un plus grand effort apostolique, qui se sont affranchis de l'esprit grégaire, de la passivité, de la routine qui asservit spirituelle­ment tant de personnes en notre monde actuel. Ils se sont imposé des sacrifices — chez certains, un grand sacrifice — pour se mettre au service de l'Église. Certains n'ont pas craint d'offrir leur vie au Christ (le phénomène des vocations d'adultes est d'une magnifique éloquence) ; d'autres, même des laïcs — par­fois mari et femme — sont partis pour les terres de mission; d'autres, sans quitter le lieu de leur travail, ont opté pour un renouveau spirituel profond et pour une plus généreuse activité ecclésiale; ils ont « choisi la sainteté ». Et la sainteté, vous le savez bien, comporte aujourd'hui la charité de l'apostolat.

Fils et filles qui Nous écoutez, êtes-vous de ceux-là ?

Nous l'espérons, Nous le souhaitons en vous accordant Notre Bénédiction apostolique.

Paul VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

(Texte italien dans L'Osservatore Romano du 28 juillet 1966. Traduction des Actes Pontificaux.)

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