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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 16:45

Audience générale du 27 avril 1966.          

Chers Fils et chères Filles,

Si, en Nous faisant cette visite, vous venez avec l'âme du pèlerin qui ne se contente pas de regarder, comme un étranger, le spectacle extérieur de cette audience, mais qui veut voir au-dedans quelque chose de la réalité spirituelle présente, qui veut comprendre, qui veut découvrir le sens de ce qui l'entoure et qu'il observe, vous sentirez poindre en vous une pensée claire et une question embarrassante.

La pensée claire: voici l'Église, l'Église catholique. Non pas l'Église catholique entière, ni l'Église seule, bien entendu. Mais l'Église catholique dans son expression la plus caractéristique et la plus autorisée, l'Église catholique représentée par son chef visible, l'Église catholique en son siège central, l'axe de sa foi et de son histoire. La tombe du premier apôtre, saint Pierre, est ici; ici son successeur le Pape; ici sont évidentes l'apostolicité, l'unité, la catholicité, la sainteté constitutionnelles de l'Église, les fameuses «notes» qui la caractérisent authentiquement. C'est ici le point de rencontre de tous les catholiques du monde, et même le centre d'attraction œcuménique de tous les chrétiens qui croient en le Seigneur Jésus, et ainsi de suite. Vous dites avec raison: ici est l'Église à laquelle vous appartenez, c'est son centre, son signe le plus lourd de sens, son fondement le plus sûr. Cela est clair.

Mais ensuite, le pèlerin se pose une question qui semble facile mais qui ne l'est pas. Voici la question, très simple: qu'est-ce que l'Eglise ? Tous certainement vous vous rappelez la réponse du catéchisme dit de Pie X:

« L'Église est la société des vrais chrétiens, c'est-à-dire des baptisés qui professent la foi et la doctrine de Jésus-Christ, participent à ses sacrements et obéis­sent aux pasteurs qu'il a établis. » C'est bien, mais cette défini­tion nous dit-elle tout sur l'Église ? C’est plutôt une description exacte, suffisante pour avoir de l'Église une notion qui la distingue des autres sociétés.

Elle éveille, plutôt qu'elle ne satisfait, le besoin de comprendre dans ses causes, c'est-à-dire dans ses principes constitutifs les raisons intrinsèques de cette association si différente de toutes les autres qui s'appelle l'Église. Tous nous voudrions savoir sur elle quelque chose de plus.

Cela est si vrai que tous ceux qui sont un peu au courant des questions spirituelles de notre temps sentent aujourd'hui le vif besoin de l'« ecclésiologie », la science de l'Église. Savoir ce qu'est l'Église est d'une importance décisive par rapport à beaucoup d'autres questions vitales: la religion tout d'abord, l'œcuménisme, l'humanisme, etc. Et cette connaissance est d'autant plus importante, spécialement pour nous catholiques, que nombre d'erreurs, tant d'idées inexactes, tant d'opinions particulières se propagent aujourd'hui dans les discussions. L’intérêt que portent actuellement à la vraie conception de l'Église ceux qui pensent et qui aspirent au rétablissement de l'unité entre les chrétiens séparés, signale ce problème à l'atten­tion et à la conscience du monde contemporain.

Il importe de bien savoir ce qu'est l'Église, l'Église véritable envers laquelle nous avons des devoirs imprescriptibles et où nous voulons trouver la vérité et le salut, sans pluralismes contraires au principe d'unité qui constitue l'Église, sans incertitudes élasti­ques et équivoques qui nous privent du bonheur de posséder la réponse univoque (même si elle varie dans ses formes accessoires et extérieures) à la grande question.

L'importance de la question grandit pour deux raisons.

Premièrement, parce que le IIe Concile œcuménique du Vatican s'est centré sur elle et qu'elle en a été le point principal le plus étudié et le mieux éclairé par de profondes affirmations doctri­nales de la plus grande valeur.

Deuxièmement, parce qu'on peut dire que le Concile s'est évertué pour donner de l'Église une idée simple, linéaire et facile. Il s'est en effet trouvé devant une réalité si riche de sens, si grande et si complexe, qu'il a dû la qualifier de mystère. L'Église est un mystère non pas seule­ment par suite de la profondeur cachée de sa vie, mais aussi par ce qu'elle est une réalité non pas tant humaine, historique et visible que divine et dépassant notre faculté normale de con­naître.

L'Église telle que nous la voyons aujourd'hui est elle-même un signe, un signe sacré, un sacrement que nous ne pouvons pas ici-bas connaître adéquatement dans sa véritable plénitude intérieure, mais qui dès maintenant nous incite à de merveilleuses études nouvelles.

Comment ferons-nous donc pour comprendre quelque chose ? Voici. S'il y a une étude où l'amour contribue à conquérir la vérité, Nous croyons que c'est bien l'étude de l'Église. Pour bien connaître l'Église, il faut l'aimer. Ensuite, l'étudier. Une des études les plus intéressantes à cet égard est la grande consti­tution dogmatique intitulée Lumen Genlium. Nous y trouvons, entre autres choses remarquables, les noms multiples donnés à l'Église. Elle est désignée par des figures et des symboles, comme c'était la coutume chez les auteurs des Livres saints, peu familiers avec l'emploi des termes abstraits et des définitions spéculatives que nous, les modernes, nous utilisons. Il suffira de dresser la liste de ces noms pour comprendre combien est vaste et complexe la réalité de l'Église. On l'appelle l'Israël de Dieu, le royaume des cieux, la cité de Dieu, la Jérusalem céleste, l'Épouse du Christ, la Mère des fidèles, le champ de Dieu, la vigne du Seigneur, le troupeau du Christ, la maison de Dieu, le Peuple de Dieu, et enfin le Corps mystique du Christ. Cette multiplicité d'appellations nous montre que l'Église peut être considérée sous différents aspects dont chacun est comme le feu d'un dia­mant à multiples facettes.

Très chers fils, laissez-vous attirer par ces feux. L'Église n'est pas un écran qui nous empêche d'arriver au Christ et de nous élever jusqu'à Dieu, comme l'ont dit beaucoup de gens étran­gers à notre communion ineffable, mais elle est le miroir — le signe sacré — dans lequel nous devons voir le Christ, et en lui Dieu.

Que Notre Bénédiction vous obtienne d'être tous des disci­ples de cette merveilleuse école qu'est l'étude de la sainte Église.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

Texte italien dans L'Osservatore Romano du 28 avril 1966. Traduction des Actes Pontificaux.

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