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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 14:19

Mes frères.

Dans toute société bien ordonnée, des lois écrites règlent la vie de ses membres. Ces lois se complètent au cours des âges par suite des divers besoins, de telle sorte que la jurisprudence des peuples subit parfois de profonds changements.

Il y a cependant un tout petit code qui reste inalté­rable depuis mille ans qu'il est gravé sur la pierre, depuis les milliers d'années qu'il est inscrit au cœur des hommes: ce sont les commandements de Dieu (Ex. XX, 1-17; Deut., V, 6-21).

Ces dix commandements très courts règlent la vie de chacun des hommes en particulier. De la même manière, Dieu ayant donné au mont Sinaï ces lois pour code à tout un peuple assemblé, il sert de règle à tous les autres peuples et assure la sécurité et le bonheur de toutes les sociétés.

Mais l'observance des dix commandements n'est pas une chose légère et facile. Des obstacles, des difficultés, des tentations innombrables en rendent la pratique plus difficile et poussent les hommes à les trangresser. Aussi bien est-il difficile de surmonter tous ces obstacles, si nous n'avons pas une vue très claire des conséquences que le respect ou la trangression de ces comman­dements peuvent avoir pour notre existence ici-bas et pour notre destinée éternelle.

Nous nous demanderons donc aujourd'hui quelle est la valeur des dix commandements pour la vie présente, et dimanche prochain nous verrons quelle est leur valeur au point de vue de notre bonheur éternel.

Il y a à Paris, mes frères, un prêtre éminent qui sous le pseudonyme de Pierre l'Ermite est connu comme l'un des écrivains les plus remarquables de ce temps. Peut-être en avez-vous déjà entendu parler. Quelques-uns de ses livres ont été traduits en allemand et en hongrois. Dans le premier des journaux catholiques français, La Croix, cet écrivain rapportait un jour en quelques lignes une fort piquante conversation qu'il venait d'avoir avec une dame, une dame d'un certain âge, n'ayant rien toutefois de l'amabilité charmante d'une bonne grand'mère dont la distinction mêlée de modestie impose le respect. Sur sa personne, les fards et la poudre ne parvenaient pas à dissimuler les ravages des ans. Cette dame appartenait à la paroisse de Pierre l'Ermite et ne se montrait jamais à l'église.

Cependant, rencontrant son curé dans la rue, elle ne manquait jamais de le saluer d'une profonde révérence. Elle l'aurait volontiers accueilli sur le coup de cinq heures pour le thé, pensant que, par cet accueil, elle aurait amplement satisfait à ses obligations religieuses, mais M. le Curé ne répondait jusqu'ici à aucune de ses invitations.

Un jour donc qu'elle rencontrait Pierre l'Ermite dans la rue, tremblante de colère et sur un ton qu'elle n'avait jamais pris encore jusqu'ici, elle lui jeta ces mots: « Regardez ça... Monsieur le Curé!... »

Surpris, Pierre l'Ermite regarda dans la direction indiquée. Ça... c'était en effet un spectacle inattendu. Au milieu de la rue, dans des autobus bondés, s'agitaient des groupes de gamins coiffés de bérets rouges, avec des drapeaux rouges dans les mains. Ils braillaient l’Interna­tionale à tue-tête; on eut dit des hurlements de fauves échappés.

— « Mais voyons! C'est épouvantable! » Disait la vieille dame, toute cramoisie sous son fard. « C'est quelque chose d'ignoble! »

Le prêtre, qui éprouvait une profonde pitié à ce spectacle, lui répondit, très calme: « Madame... C'est très logique!... »

— « Comment?...    Logique! » Fit la dame interloquée.

— « Malheureusement oui. Madame... C'est très logique. S'il n'y a pas de Dieu, pas de vie surnaturelle, s'il n'y a plus de distinction entre le bien et le mal, les communistes n'ont vraiment aucune raison de prendre des ménagements avec la société bourgeoise. »

— « Cependant, M. le Curé, répliqua la dame irritée, il y a bien un Dieu?... »

— « Vraiment, Madame? Mais je ne vous ai encore jamais vue à l'église...! »

— « Moi, j'ai mon Dieu à moi... »

— « Un   Dieu  personnel?... »

— « Parfaitement. Un Dieu personnel, c'est bien plus commode... »

À ce moment le prêtre, jusque là si aimable et si calme, finit par perdre patience, et disant alors ce qu'il gardait depuis longtemps sur le cœur:

— « Sachez, Madame, que vous, et vous seule, êtes responsable de ces égarements et de ces révoltes. »

— « Comment!... Moi?... balbutiait la dame en secouant la tête.

— « Oui, Madame. Vous et vos pareils. Vous qui faites partie de la classe dirigeante, vous avez le devoir de donner ouvertement l'exemple. Et que faites-vous? Au contraire, devant vos voisins, votre entourage, vos amis, vous affichez toute l'année la plus complète indifférence pour la religion. Pourquoi voulez-vous que le peuple croit à quelque chose quand vous ne faites rien. Le peuple suit vos exemples. Et si, pour vous et les vôtres, il n'y a rien de sacré, pourquoi le peuple — la masse comme vous dites — tiendrait-il pour sacré votre porte-monnaie, vos bijoux et même votre vie? Vous êtes responsables devant Dieu de tout cela; oui, de tout cela. »

La dame, vexée, toisa l'abbé de la tête aux pieds, pinça les lèvres, et, se détournant avec dédain, lâcha ces mots sèchement:

— « M. le Curé, quand je voudrai entendre un ser­mon, j'irai à l'église... » et elle s'éloigna en maugréant...

Je n'affirmerai pas, mes frères, que M. le Curé ait été d'une amabilité parfaite... Peut-être n'avait-il pas tout à fait raison... Mais que la dame se soit mise dans son tort j'en suis bien certain. Car enfin, que deviendrait la vie ici-bas, que deviendrait la société et la vie de chacun de nous, si, vivant chacun pour soi, on peut se faire son Dieu personnel et son propre code de morale?

A (Section)

Dimanche dernier j'esquissais devant vous le tableau idyllique du calme et de la paix sur la terre si les hommes respectaient dans toute leur rigueur les dix comman­dements.

Considérez aujourd'hui le revers de la médaille, l'envers du tableau: ce que l'humanité doit attendre le jour où elle abandonnera définitivement les dix commandements. Quelle sombre et lamentable chute!

Effacez tout d'abord le premier commandement, et autorisez chacun à se confectionner son propre Dieu! Nous voici revenus au Panthéon de la Rome païenne avec ses trente mille dieux, ou bien nous tombons plus bas que les animaux, dans une immoralité sans fond. Car il est plus facile, entendez bien, il est plus facile à un oiseau de vivre sans air, ou à un poisson de nager sans eau qu'à l'âme de l'homme de rester sans Dieu.

Effacez ensuite le deuxième et le quatrième comman­dements, et permettez aux enfants de la rue de lever le poing en proférant des blasphèmes contre Dieu. Est-ce que l'autorité des hommes gardera son prestige et sa valeur quand les droits de Dieu seront méconnus ? Et là où les parents et les lois humaines auront perdu leur autorité, là où le commandement n'aura plus d'effet, parlez-vous encore de civilisation ? Ce ne sera plus qu'une horde, qu'un troupeau, qui n'attend pour marcher que le fouet d'un tyran.

Rayez le troisième commandement qui ordonne avec la sanctification du dimanche le repos dominical. En avant! Cette fois on travaille sans arrêt, partout on entend le mugissement des sirènes. On a déjà tenté en certains endroits d'étouffer le son des cloches par le grondement des machines. Dites-moi ? En sommes-nous plus heureux, plus libres ? Le fardeau n'est-il pas au contraire plus pesant, la vie plus lourde même que l'esclavage des ilotes Spartiates? Ah! Sans doute, il n'y a pas de vie sans progrès, sans perfectionnements, mais y eut-il jamais dans l'histoire du monde une oppression plus écrasante, plus de poings tendus et menaçants, plus de regards de haine ? Jamais on n'avait vu de pauvres gosses avec des bérets et des drapeaux rouges comme aujourd'hui, au siècle de la machine, à notre époque qui ne peut plus tolérer le repos du dimanche.

Les médecins et les économistes réclament le repos du dimanche; c'est l'enseignement de l'Église qui rap­pelle aux riches l'obligation du travail, et réclame pour les pauvres le droit aux repos. Quel bonheur pour l'homme de pouvoir fêter le dimanche en servant Dieu, de pouvoir oublier quelques instants la lutte qu'il mène pour l'existence et s'élever, à certaines heures bénies, jusqu'à son Dieu!

Retranchez encore le cinquième commandement, et vous ne pouvez plus sortir en sécurité dans la rue.

Supprimez le sixième commandement, en prônant l'amour libre, et dans quelques années vous ne verrez plus de visages humains, mais des êtres rabougris, décharnés, les joues creuses, les yeux décavés, le sang avarié.

Retirez les septième et dixième commandements, et les hommes s'entre-dévoreront comme les fauves à la ruée des richesses et de l'or.

Abrogez enfin le huitième commandement, et le mari n'aura plus confiance en la parole de sa femme, la mère ne pourra plus se fier à son enfant.

Ainsi, vous le voyez, mes frères : la foi en la parole donnée, le respect des lois, l'estime des supérieurs, l'amour du travail, le bonheur ou le malheur d'une famille ou d'une nation dépendent de l'observation ou du mépris des commandements.

Si nous considérons le trouble de la société actuelle, en pensant à son avenir, un profond découragement nous envahit; partout c'est l'incertitude, les tâtonne­ments dans les ténèbres, la haine brutale, les mouve­ments révolutionnaires, la recherche de nouvelles formes de vie.

Regardez par ailleurs les crises surmontées par l'humanité dans le passé, il n'y a pas de motif de déses­pérer. La société chrétienne a passé par de dures épreuves, il suffit de rappeler la ruine de Rome, les dévas­tations des Vandales et des Turcs, les ravages de la guerre de Trente ans. Or, toutes ces calamités, l'Europe chrétienne les a surmontées, soutenue par une seule force : une inébranlable confiance en Dieu.

Quand nous observons l'instabilité générale et les bouleversements sociaux de notre temps, sachons recon­naître que notre inquiétude n'a qu'une seule cause, le manque de foi en Dieu qui peut soutenir notre existence. Cette foi, par quoi l'a-t-on remplacée ? Par l'indécision et le désespoir qui ont amené une véritable épidémie de suicides, par une débauche effrénée, un luxe inouï et un relâchement des mœurs inconnu jusqu'ici.

Sociologues, savants et écrivains enquêtent sur la cause première de l'effondrement qui menace d'engloutir la société. Il n'est pas difficile de connaître l'origine de ces désordres et, sans être aussi tranchant que Pierre l'Ermite, je dirai nettement que les coupables ce sont tous ces éléments de haine qui ont arraché à l'âme humaine sa croyance en Dieu et qui ont voulu briser en éclats les tables des Dix commandements.

Il n'est pas facile, de notre temps, d'élever l'homme, limité par l'horizon de la vie matérielle, jusqu'aux sereines hauteurs des commandements divins, et cepen­dant nous devons le faire.

La masse repousse avec mépris tout ce qui regarde la vie spirituelle, semblable aux volatiles de nos basses-cours qui, les pattes sur le fumier qu'elles grattent, suivent des yeux avec indifférence l'aigle royal qui tour­noie dans le ciel bleu.

Aigle insensé! Pourquoi planer dans l'air libre où il n'y a pas de fumier à gratter! Pour la masse vulgaire et sensuelle, la morale de l'Église paraît un travail de géants, pour se tenir sur les hauteurs il faut être un aigle de race royale.

Quel est le but de ces dix commandements ? Faire de nous de vrais catholiques, des hommes pensant et agissant d'après des principes catholiques. Voulons-nous vivre ? Voulons-nous surtout vivre dans la paix ? Il n'y a pas d'autre chemin que celui que nous montre notre Seigneur et notre Dieu : l'observation intégrale des Commandements divins.

Malheur! Oui, malheur au peuple qui s'efforce de briser les Tables de la Loi!

Extrait de : LES DIX COMMANDEMENTS DE DIEU  - Mgr Tihamer Toth (1933)

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