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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 14:12

Celui qui prétendrait à vivre sans peine, se leurrerait d'une vaine espé­rance. Qu'il cueille, au passage, des rosés à chaque pas, il ne peut les empêcher d'avoir des épines. Les médail­les les plus belles ont un revers. Les joies les plus pures ne sont jamais pleines et, en tout cas, elles ne sont jamais durables, ce qui les rend im­puissantes à remplir notre cœur selon ses désirs.

D'ailleurs, il n'y a pas à hésiter de­vant la parole de Dieu, tout s'y brise ou tout s'y soumet. Or, c'est un oracle du Saint-Esprit  « qu'il  nous faut par  beaucoup  de  tribulations  entrer dans le royaume de Dieu ». Il ne dit pas que c'est utile,  qu'il vaut mieux souffrir, il dit qu'il le faut. Nulle dis­cussion n'est possible.

Nous pouvons, aussi bien, saisir quelques raisons de cette obligation péremptoire en notre état de pécheurs, en notre qualité de chrétiens.

A l'exception de la Vierge Imma­culée, tous les hommes ont péché. Dieu qui est infiniment juste ne peut laisser le crime impuni; il le châtie, soit en cette vie soit en l'autre. Mais comme la béatitude est réservée pour l'autre vie à ses bons serviteurs, il est nécessaire que leurs fautes soient châ­tiées en ce monde.

Chrétiens, nous sommes, comme tels, membres d'un corps mystique dont Jésus est la tête. Il a souffert, donc nous devons souffrir. Dans le corps naturel, si la tête fait mal, tous les organes s'en ressentent. Il est évi­dent que le Roi des rois n'entrant dans son royaume, qui lui appartient de droit, qu'en en payant l'entrée au prix de son sang douloureusement ré­pandu, les esclaves vendus au démon ne peuvent pas le suivre sans qu'il leur en coûte beaucoup.

Notre bon Sauveur tenait lui-même ce raisonnement à sainte Thérèse, lui rappelant sa parole : « Le serviteur n'est pas plus que le Maître. »

Parole que nous pouvons rapprocher de cette autre : « Où je suis, mon ser­viteur sera. » Puisqu'il est dans le labeur, la peine, l'amertume, vouloir être ailleurs, c'est vouloir l'impossible et oublier l'affirmation catégorique : « Celui qui ne porte pas sa croix après moi, ne peut pas être mon disciple. » Pesons le mot ne peut pas être; il ne s'agit pas seulement de grande dif­ficulté, il s'agit d'impossibilité.

Voilà ce que Nôtre-Seigneur prê­chait à tout le monde. Il ne décou­vrait pas à tous les mystères du royaume de Dieu; il n'en donnait con­naissance qu'à ses disciples, et encore, dans la mesure où ils étaient capables de comprendre. Quant à la doctrine de la croix, il l'enseignait ouvertement et hautement.

Il semble qu'il l'eût plus habilement remise, comme d'autres enseigne­ments, pour le temps qui devait suivre  la venue du Saint-Esprit. Car, ceux qui l'entouraient n'étaient guère aptes à accepter de tels principes, heurtés qu'ils en étaient en leurs préjugés, en leur matérialisme grossier et jouis­seur. Pour les gagner, le Maître n'eût-il pas les ménager, atténuer la ri­gueur de ses exigences? Ainsi pen­sons-nous en nos petites vues humai­nes.

Parce qu'il s'agissait d'une donnée très grave et absolue de sa morale di­vine, il a autrement jugé et il impose, sans phrase, la loi suivante : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce, qu'il porte sa croix. » Et il l'impose à tous, sans distinction : à ses disciples, aux gens grossiers qui l'entourent et, par-dessus ceux-ci et ceux-là, à tous les hommes. Que vous soyez riche ou pauvre, savant ou igno­rant, grand ou petit; fussiez-vous gé­néral d'armée, prince, roi ou empereur : de quelque, qualité et condition que vous puissiez être, de quelque âge, de quelque sexe, de quelque état; si quelqu'un d'entre vous veut venir après moi, qu'il porte sa croix. Il faut se résoudre à la souffrance.

Aussi, quand ses miracles faisaient grand éclat, remplissaient ceux qui les voyaient d'étonnement et d'admi­ration, il en détournait l'esprit de ses disciples, les entretenant de sa passion et de sa mort, leur signifiant ainsi que ce qui doit nous arrêter en cette vie, ce ne sont pas les joies, les consolations, mais bien les peines et les travaux.

Ne nous plaignons donc plus d'avoir à souffrir. Réfléchissons qu'être chré­tien et être crucifié, c'est la même chose; que renoncer à la souffrance, c'est renoncer au christianisme.

Souvenons-nous plutôt de ce que l'Eglise chante, que la Croix est notre unique espérance et qu'il n'y a rien à attendre que par elle.

Extrait de : CHAPITRE III, Les Saintes Voies de la Croix (1915) Mgr A. Gonon

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