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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 15:33

LA CINQUIÈME PAROLE…

Nous arrivons à une des sept Paroles prononcées par le Christ du haut de la Croix qui semble indiquer que Nôtre-Seigneur Se parlait à Lui-même, tandis que, dans les paroles précédentes, Il S'adressait à d'autres. Cependant le fait n'est pas tellement simple. Il est certain que tout ce que Jésus avait supporté de souffrances devait avoir provoqué une soif intense : perte de sang par les blessures, position anormale du corps tirant fortement sur les mains et les pieds, tension extrême des muscles, plaies ouvertes exposées à l'air, dou­leurs de la tête causées par les épines de la couronne, gonfle­ment des vaisseaux sanguins et inflammations croissantes. Il n'est pas surprenant qu'il ait eu soif; ce qui est surpre­nant, c'est qu'il l'ait dit. Lui qui avait lancé les astres à travers l'espace et fixé un point d'arrêt aux eaux de la mer, Lui qui avait fait jaillir l'eau du rocher frappé par Moïse et avait dit à la Samaritaine : « Celui qui boira de l'eau que Je lui donnerai n'aura plus jamais soif », voici qu'il laissait tomber de Ses lèvres la plus courte des paroles prononcées sur la Croix : « J'ai soif.» (Jean 19, 28.)

Au moment où on Le crucifiait, Il avait refusé de boire le breuvage qu'on Lui offrait, et maintenant Il demandait avidement à boire. Mais il y avait une différence considérable entre les deux breuvages. Le premier, composé avec de la myrrhe, était un stupéfiant capable d'endormir la douleur : Jésus le refusa afin que Sa sensibilité n'en soit pas émoussée. Le second breuvage, qu'on allait Lui donner, était du vinaigre ou du mauvais vin sûr destiné aux soldats. Il y avait là un vase plein de vinaigre. Les soldats ayant fixé une éponge imbibée de vinaigre au bout d'une tige d'hysope, l'approchèrent de Sa bouche. Jésus but le vinaigre. (Jean 19, 29.)

Celui qui avait changé l'eau en vin à Cana aurait pu user des mêmes ressources infinies pour apaiser Sa propre soif, s'il n'avait pas pris pour règle de ne jamais faire de miracle à Son avantage. Mais pourquoi demanda-t-il à boire? Ce n'était pas uniquement par besoin, quelque grand qu'ait pu être celui-ci. La vraie raison de cette demande, c'était l'accom­plissement des prophéties : Jésus, sachant que tout était consommé, pour que l'Écri­ture s'accomplisse, dit : « J'ai soif. » (Jean 19 28.)

Tout ce que l'Ancien Testament avait prédit du Messie devait être accompli jusqu'au moindre iota. Deux Psaumes avaient annoncé cette soif pendant la Passion : « Mon palais est sec comme un tesson, et Ma langue est collée à la mâchoire... » (Psaume 21, 16.)

« J'ai cherché de la compassion et il n'y en avait pas, des consolations, et Je n'en ai pas trouvé. Pour nourriture on M'a donné du fiel, et lorsque J'ai eu soif on M'a abreuvé avec du vinaigre. » (Psaume 68, 21-22.)

Ainsi, bien qu'ils aient agi par moquerie en donnant du vinaigre à Jésus, comme cela est explicitement indiqué, les soldats ont tout de même accompli les prophéties des Écri­tures. Le vinaigre fut présenté au Christ sur une touffe d'hysope, plante qui atteint environ cinquante centimètres de haut. C'était de l'hysope aussi qui était trempée dans le sang de l'Agneau pascal; c'était de l'hysope que l'on avait utilisée pour asperger les linteaux et les montants des portes des Hébreux, en Égypte, afin d'écarter l'ange exterminateur; c'était encore de l'hysope que l'on trempait dans le sang d'un oiseau pour purifier les lépreux; enfin, c'est David lui-même qui a dit, après son péché, qu'il devait être aspergé avec l'hysope et rendu pur.

Ce qui tient la dernière place dans la vie des hommes la mort, tenait intentionnellement la première dans celle du Christ, car c'est pour souffrir et mourir qu'il était venu. Mais Il ne renoncerait pas à Sa vie tant qu'il n'aurait pas accompli les Écritures jusque dans le détail, afin que les hommes puissent savoir que c'était Lui, le Christ, le Fils de Dieu, qui mourait sur la Croix. On trouve dans les Écritures l'idée que le Messie promis ne devrait pas subir la mort comme une fatalité, mais l'assumer comme un acte voulu. Ce n'est pas l'épuisement qui devait Le faire mourir, pas plus qu'il n'était cause de Sa soif. Mais, parce qu'il était le Souverain Prêtre et Médiateur, c'étaient les prophéties mes­sianiques qui faisaient jaillir le cri de la soif. En effet, les rabbis juifs Lui avaient déjà appliqué cette prophétie; la Midrash exposait ceci : Viens et imbibe ta morsure avec du vinaigre, ceci est dit du Messie, de Sa Passion et de Ses tourments, tels qu'ils sont écrits dans le prophète Isaïe : « Il a été transpercé à cause de nos péchés, écrasé à cause de nos iniquités. »

Puisque les soldats, pour se moquer, ont donné du vinaigre à Nôtre-Seigneur au bout d'une tige d'hysope, il est fort probable qu'ils ont voulu ridiculiser quelqu'un des rites sacrés des Juifs. Le sang de l'agneau était aspergé avec l'hysope; en ce moment la purification par un symbole s'accomplissait, car l'hysope touchait le Sang du Christ. Saint Paul, s'arrê­tant sur cette idée, a écrit : « C'est avec Son propre Sang, et non avec celui des boucs et des jeunes taureaux, qu'il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, la rédemption qu'il nous a acquise étant éternelle. Le sang des taureaux et des boucs et la cendre des génisses, dont on asperge ceux qui sont souillés, peuvent les sanctifier par une purification extérieure; est-ce que le Sang du Christ, qui S'est offert Lui-même par l'Esprit-Saint, comme une Victime sans tache aux yeux de Dieu, ne pourrait pas purifier nos consciences des œuvres de mort, pour que nous puissions servir le Dieu vivant? » (Hébreux 9, 12-14.)

Ceux qui se tenaient auprès de la Croix, et qui connais­saient bien les prophéties de l'Ancien Testament trouvaient là une nouvelle preuve que Jésus était le Messie souffrant. Sa quatrième parole, qui avait traduit les souffrances de Son Ame, et la cinquième qui exprimait les tortures de Son Corps, étaient prédites toutes les deux. La soif symbolisait le carac­tère d'insatisfaction du péché ; les plaisirs de la chair, achetés au prix des joies de l'esprit, font le même effet que de boire de l'eau salée. Dans la parabole, l'homme riche qui est en enfer souffre de la soif, et il supplie Abraham de demander à Lazare d'humecter sa langue avec une simple goutte d'eau. La réparation complète du péché demandait que le Rédemp­teur éprouve maintenant la soif même des damnés, avant leur damnation. Mais c'était aussi une soif pour les justes, une aspiration vers leurs âmes. Il y a des gens qui ont la passion de l'argent, d'autres de la gloire; la passion du Christ était pour les âmes. « Donne-moi à boire » signifiait : « Donne-moi ton cœur. » La tragédie de l'amour de Dieu pour l'humanité c'est que, pour apaiser Sa soif, les hommes Lui donnent du vinaigre et du fiel.

Extrait de : LA VIE DE JÉSUS. Mgr Fulton J. Sheen (1960)

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Published by elogofioupiou - dans Prières et méditations
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