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10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 15:52

Du haut de la Croix, Nôtre-Seigneur parla sept fois ; c'est ce qu'on appelle Ses sept dernières Paroles. La sainte Écri­ture ne rappelle les dernières paroles que de trois autres per­sonnages : Israël, Moïse et Étienne. La raison en est sans doute qu'aucune autre n'a été jugée aussi significative et représentative que ces trois-là. Israël était le premier de sa race ; Moïse était le premier de l'ère de la Loi ; Étienne était le premier martyr chrétien. Les dernières paroles de chacun marquaient le début de quelque chose de sublime dans l'his­toire des rapports de Dieu avec les hommes. Même les der­nières paroles de Pierre, ou de Paul, ou de Jean, ne sont pas restées dans l'héritage de l'humanité, car aucun esprit n'a guidé une plume pour révéler les secrets cueillis sur leurs lèvres mourantes. Et pourtant le cœur humain est toujours anxieux de connaître l'état d'esprit de chacun à ce moment même de la mort, qui est commun à tous et reste cependant si mystérieux.

Dans Sa bonté, Nôtre-Seigneur a révélé Ses pensées au moment de Sa mort, car Lui — plus qu'Israël, plus que Moïse, plus qu'Étienne — II représentait toute l'humanité. A ce moment sublime, II rappela tous Ses enfants autour de la chaire de la Croix, et chacun des mots qu'il prononça pour eux devait être publié éternellement et apporter une consolation sans fin. Il n'y a jamais eu de prédicateur comme le Christ mourant; il n'y eut jamais un auditoire comme celui qui s'est assemblé autour de cette chaire de la Croix; il n'y a jamais eu un sermon comparable à celui des sept Paroles du Christ.

LA PREMIÈRE PAROLE

Les bourreaux s'attendaient à ce que Jésus poussa des cris de douleur, comme tous les crucifiés l'avaient fait avant Lui. Sénèque écrit que ces malheureux maudissaient leur nais­sance, leurs bourreaux, leur mère et crachaient même sur ceux qui les regardaient. Cicéron rappelle que parfois il était nécessaire de couper la langue des crucifiés pour mettre fin à leurs terribles imprécations. Les bourreaux s'attendaient bien à des paroles, mais pas du genre de celles qu'ils enten­dirent. Les scribes et les pharisiens guettaient les réactions du Christ, et ils étaient bien sûrs que Celui qui avait prêché : « Aimez vos ennemis » et : « Faites le bien à ceux qui vous haïssent », oublierait cet Évangile, maintenant que Ses mains et Ses pieds étaient transpercés. Ils estimaient que les tor­tures du crucifiement et de l'agonie emporteraient toute réso­lution que Jésus aurait pu prendre de sauver les apparences. Chacun prévoyait un cri, mais personne, sauf les trois qui se tenaient au pied de la Croix, n'attendait celui qu'ils entendirent. Semblable à ces arbres odoriférants qui inondent de leur parfum la hache même qui les entaille, le Grand Cœur de l'Arbre d'Amour tira de ses profondeurs quelque chose qui était moins un cri qu'une prière — la douce, la suave, l'humble prière du pardon et de l'oubli de la faute :

« Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. » (Luc 23, 34.)

Qui pardonner? Pardonner les ennemis? Pardonner le sol­dat qui, au tribunal de Caïphe, L'avait frappé d'une main de fer ? Pilate, le politicien, qui avait condamné Dieu pour conserver l'amitié de César? Hérode, qui avait revêtu la Sagesse de la robe des fous ? Les soldats qui avaient pendu le Roi des Rois !, entre ciel et terre sur l'arbre de la Croix ? Pardonnez-leur ! Pardonnez-leur, pourquoi ? Parce qu'ils savent ce qu'ils font ? Non, parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font. S'ils l'avaient su, et cependant avaient continué de le faire, ils n'auraient pas pu être sauvés. Ils n'auraient jamais pu être sauvés s'ils avaient su quel crime terrible ils commettaient en condam­nant à mort Celui qui était la Vie, quelle perversion du droit il y avait à préférer Barabbas au Christ, quelle cruauté c'était que de clouer les pieds qui avaient franchi les col­lines éternelles! Ils n'auraient jamais pu être sauvés si, sachant ce qu'ils faisaient, ils avaient continué de le faire sans tenir compte de ce que le Sang qu'ils répandaient était capable de les racheter. Au lieu d'être sauvés, ils eussent plutôt été damnés! C'est l'ignorance seule de leur énorme péché qui leur permit d'entrer dans le groupe des auditeurs de ce cri venu de la Croix. Ce n'est pas la sagesse qui sauve, c'est l'ignorance!

Les condamnés à mort prennent diverses attitudes : les uns proclament leur innocence, d'autres accusent les juges qui les ont condamnés, d'autres enfin demandent pardon pour leurs péchés. Mais Celui qui était l'Innocence Parfaite ne demanda pas pardon; Médiateur entre Dieu et l'homme, c'est Lui qui répandait le pardon. Grand Prêtre qui S'offrait Lui-même en sacrifice, Il intercédait pour les pécheurs. En un certain sens, les paroles de rémission furent prononcées deux fois : une fois au paradis terrestre, lorsque Dieu promit la Rédemption par le « lignage de la femme » qui écraserait le serpent du mal et maintenant que Dieu, sous la forme du Serviteur Souffrant, accomplissait la promesse. Si grand était l'Amour divin, manifesté par cette première Parole descen­due de la Croix, que des échos en ont retenti à travers l'his­toire. C'est ainsi qu'Étienne, le premier martyr, demanda au Seigneur de ne pas imputer le péché à ceux qui le lapi­daient. De son côté Paul a écrit : « Tous m'ont abandonné ! Qu'on le leur pardonne ! » (II Timothée 4, 16.)

Mais les prières d'Étienne et de Paul n'étaient pas comme celle du Christ dans laquelle le pardon et Son sacrifice ne faisaient qu'un. Parce qu'il était à la fois Prêtre et Victime, II était élevé comme Prêtre, mais détruit comme Victime. Ainsi Il intercédait et S'offrait Lui-même pour les coupables. Le sang d'Abel en appelait à la colère de Dieu pour venger le crime de Caïn ; le Sang du nouvel Abel, versé par les frères jaloux de la race de Caïn, s'élevait pour apaiser la colère et intercéder pour le pardon.

Extrait de : LA VIE DE JÉSUS. Mgr Fulton J. Sheen (1960)

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Published by elogofioupiou - dans Prières et m
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