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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 19:04

VOICI LES AVIS ET EXERCICES REQUIS POUR CON­DUIRE L’ÂME DÈS SON PREMIER DÉSIR DE LA VIE DÉVOTE JUSQU’A UNE ENTIÈRE RÉSOLUTION DE L'EMBRASSER.

CHAPITRE PREMIER

DESCRIPTION DE LA VRAIE DÉVOTION

Vous aspirez à la dévotion, très, chère Amie (Philothée), parce qu'étant chré­tienne, vous savez que c'est une-vertu extrêmement agréable à la divine Majesté : mais, d'autant que-les petites fautes que l'on commet au commencement de quelque affaire s'agrandissent infiniment au progrès et sont presque irréparables à la fin, il faut avant toutes choses que vous sachiez ce que c'est que la vertu de dévotion ; car, d'autant qu'il n'y en a qu'une vraie, et qu'il y en a une grande quantité de fausses et vaines, si vous ne connaissiez quelle est la vraie, vous pourriez vous tromper et vous amuser à suivre quelque dévo­tion qui ne tend pas au vrai but et superstitieuse. Arélius peignait toutes les faces des images qu'il faisait, à l'air et ressem­blance des femmes qu'il aimait, et chacun peint la dévotion selon sa passion et fantaisie.

Celui qui est adonné au jeûne se tiendra pour bien dévot pourvu qu'il jeûne, quoique son cœur soit plein de rancune ; et n'osant point tremper sa langue dans le vin ni même dans l'eau, par sobriété, n’hésitera pas de la plonger dans le sang du prochain par la médi­sance et calomnie.

Un autre s'esti­mera dévot parce qu'il dit une grande multitude d'oraisons tous les jours, quoiqu'après cela, sa langue répande des paroles fâcheuses, arrogantes et injurieuses parmi ses domestiques et voisins.

L'autre tire fort volontiers l'aumône de sa bourse pour la donner aux pauvres, mais il ne peut tirer la douceur de son cœur pour pardonner à ses ennemis ; l'autre pardonnera à ses ennemis, mais jamais il donnera raison à ses créanciers, que par la force de justice. Tous ces gens-là sont vul­gairement tenus pour dévots, et ne le sont pourtant nullement.

Les gens de Saül cherchaient David dans sa maison; Michol ayant mis une statue dans un lit et l'ayant couverte des habits de David, leur fit accroire que c'était David même qui dormait malade. (I Reg., xix, 11-16.) : Ainsi beaucoup de personnes se couvrent de certaines actions extérieures appartenant à la sainte dévotion, et le monde croit que ce sont des gens vraiment dévots et spirituels; mais en vérité, ce ne sont que des statues et fantômes de dévotion.

La vraie et vivante dévotion, présuppose l'amour de Dieu, comme elle n'est autre chose qu'un vrai amour de Dieu ; mais non pas toutefois un amour tel quel : car, en tant que l'amour divin embellit notre âme, il s'appelle grâce, nous rendant agréa­bles à sa divine Majesté ; en tant qu'il nous donne la force de bien faire, il s'appelle charité; mais quand il est parvenu jusqu’au degré de perfection auquel il ne nous fait pas seulement bien faire, comme il nous fait opérer soigneusement, fréquemment et promptement, alors il s'appelle dévotion.

Les autruches ne volent jamais ; les poules volent, pesamment toutefois, vers le bas et rarement ; mais les aigles, les colombes et les hirondelles volent souvent, vitement et hautement. Ainsi les pécheurs ne volent point en Dieu, ils font toutes leurs courses sur la terre et pour la terre ; les gens de bien qui n'ont pas encore atteint la dévotion volent en Dieu par leurs bonnes actions, mais rarement, lentement et pesamment; les personnes dévotes volent en Dieu fréquemment, promptement et hau­tement.

Bref, la dévotion n'est autre chose qu'une agilité et vivacité spirituelle par le moyen de laquelle la charité fait ses actions en nous, ou nous par elle, promptement et affectionnément ; et comme il appartient à la charité de nous faire généralement

et universellement pratiquer tous les commandements de Dieu, il appartient aussi à la dévotion de nous les faire faire promptement et diligemment.

C'est pourquoi celui qui n'observe pas tous les commandements de Dieu, ne peut être estimé ni bon ni dévot, puisque pour être bon il faut avoir la charité, et pour être dévot il faut avoir, outre la charité, une grande vivacité et promptitude aux actions charitables.

Et puisque la dévotion gît en certain degré d'excellente charité, non seulement elle nous rend prompts et actifs et diligents à l'observation de tous les commandements de Dieu ; mais outre cela, elle nous provoque à faire promptement et affectionnément le plus de bonnes œuvres que nous pouvons, encore qu'elles ne soient aucunement commandées, alors seulement conseillées ou inspirées.

Car ainsi qu'un homme qui est nouvellement guéri de quelque mala­die chemine autant qu'il lui est néces­saire, mais lentement et pesamment, de même le pécheur étant guéri de son iniquité, il chemine autant que Dieu lui commande, pesamment néan­moins et lentement aussi longtemps qu'il faut pour parvenir à la dévotion ; alors, comme un homme bien sain, non seulement il chemine, mais il court et saute dans la voie des comman­dements de Dieu. (ps. cxvIIi, 32), et, de plus, il passe et court dans les sentiers des conseils et inspirations célestes.

Enfin, la cha­rité et la dévotion ne sont non plus différentes l'une de l'autre que la flamme l'est du feu, d'autant que la charité étant un feu spirituel, quand elle est fort enflammée elle s'appelle dévotion : alors que la dévotion n'ajoute rien au feu de la charité, sinon la flamme qui rend la charité prompte, active et diligente, non seulement à

l'observation des commandements de Dieu, mais à l'exercice des conseils et inspirations célestes.

Extrait de : Introduction à la VIE DÉVOTE. St-François De Sales. Texte original 1948

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Published by elogofioupiou - dans Vraie doctrine
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