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19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 15:49

La volonté de salut du Christ est condi­tionnée par les libres réactions des âmes …

A Bethléem, Jésus était un exilé; lors de la Circoncision, il était par avance le Sauveur; maintenant, à la Présen­tation, Il devient un signe de contradiction. Lorsque Jésus a été circoncis, Marie a été purifiée, bien qu'il n'ait pas eu besoin de ce rite, puisqu'il était Dieu, pas plus que Sa mère n'avait besoin de l'autre rite, puisqu'elle était conçue sans péché.

«Et quand les jours de la purification furent accomplis, selon la loi de Moïse, ils Le portèrent à Jérusalem pour Le présenter au Seigneur. » (Luc 2, 22.)

L'existence du péché dans la nature humaine est soulignée non seulement par la nécessité de l'expiation dans la souffrance, lors de la Circoncision, mais encore par le besoin Ide purification. Depuis qu'Israël avait été délivré de la servitude des Égyptiens, après le passage de l'ange exterminateur de leurs premiers-nés, les premiers-nés Israélites avaient toujours été considérés comme voués à Dieu. Quarante jours après Sa naissance, soit le temps légal fixé pour les enfants mâles, Jésus fut porté au Temple. L'Exode avait décrété que tout premier-né appartenait à Dieu. Au livre des Nombres on lit que la tribu de Lévi avait été mise à part pour les fonctions sacerdotales, et cette consécration était interprétée comme une substitution au sacrifice des pre­miers-nés, rite qui n'avait jamais été pratiqué. Mais lorsque le divin Enfant fut présenté au Temple par Marie, la loi de consécration des premiers-nés fut observée à la lettre, car l'offrande de l'Enfant à Son Père était absolue et devait Le conduire jusqu'à la Croix.

La Présentation nous offre un nouvel exemple de la ma­nière dont Dieu fait homme partageait la pauvreté des hommes. L'offrande traditionnelle pour cette cérémonie était un agneau et une tourterelle, si les parents étaient riches, et deux tourterelles ou deux pigeons, s'ils étaient pauvres. Or la mère qui portait l'Agneau de Dieu venu en ce monde n'avait pas d'agneau à offrir — en dehors de l'Agneau de Dieu. Dieu était présenté au Temple à l'âge de quarante jours. Environ trente ans plus tard, II revendiquerait le Temple et l'utiliserait comme symbole de Son Corps dans lequel résidait la plénitude de la Divinité. Lors de la Pré­sentation, ce n'était pas seulement le premier-né de Marie " qui était là, c'était le Premier-né du Père éternel. Unique v, engendré du Père, II était présenté maintenant comme le premier-né d'une humanité restaurée. Une race nouvelle commençait avec LUI.

«Le vieillard Siméon, qui accueillit l'Enfant au Temple, est décrit simplement comme un homme juste, plein d'esprit de foi; il vivait dans l'at­tente du Sauveur d'Israël.» (Luc 2, 25.)

Le Saint-Esprit lui avait révélé «qu'il ne mourrait pas avant d'avoir vu l'Envoyé du Seigneur.» Luc 2, 26.

Les paroles de Siméon semblent indiquer qu'aussitôt que quelqu'un a vu le Christ, la crainte de la mort s'évanouit. Le vieillard, prenant l'Enfant dans ses bras, s'exclama de joie : « Maintenant, Seigneur, vous pouvez laisser aller en paix votre serviteur, selon votre parole; car mes yeux ont vu votre salut, le salut que vous avez préparé à la face de tous les peuples, lumière qui doit éclairer les nations, et gloire d'Israël votre peuple. » (Luc 2 29-33)

Siméon était comme un éclaireur que Dieu aurait envoyé pour guetter l'apparition de la Lumière. Lorsqu'enfin elle apparut, il était prêt à chanter son Nunc dimittis. En un pauvre petit Enfant, porté par de pauvres gens, qui ne pouvaient donner qu'une bien pauvre offrande, Siméon sut découvrir la suprême richesse du monde. Lorsque ce vieil­lard prit l'Enfant dans ses bras, il n'avait rien de l'homme âgé dont parle Horace. Il ne regarda pas en arrière, mais en | avant, et pas seulement pour s'arrêter à l'avenir de son peuple, mais pour entrevoir l'avenir des Gentils de toutes les l, tribus et de toutes les nations de la terre. Un vieillard au | couchant de sa vie parlait du levant du monde ; proche de son dernier jour, il chantait la promesse d'un jour nouveau. Il avait déjà vu le Messie par la foi, maintenant ses yeux pouvaient se fermer pour toujours, car ils ne pourraient jamais voir un spectacle plus beau. Ce qu'il venait de voir, c'était le «Salut» — non pas le salut qui sauve de la pau­vreté, mais le salut qui sauve du péché.

Le cantique de Siméon était un acte d'adoration. Au cours de l'enfance du Christ on trouve la description de trois actes d'adoration : les bergers ont adoré, Siméon et la prophétesse Anne ont adoré, les Mages païens ont adoré. Le chant de Siméon ressemblait à un coucher de soleil dans lequel une ombre annonce la présence de quelque chose. C'était le premier chant humain dans la vie du Christ. Le vieillard s'adressait A Marie et à Joseph, non à l'Enfant, car il ne convenait pas qu'il bénît le Fils du Très-Haut. Il bénit les parents, mais l'Enfant, il ne le bénit pas parce qu'il n'avait pas à Le bénir.

Après son cantique de louange, Siméon s'adressa parti­culièrement à la mère. Il savait qu'elle seule, et non pas Joseph, avait un lien de parenté avec l'Enfant qu'elle tenait dans ses bras. Il voyait en outre qu'il y aurait abondance de douleurs pour elle et non pour Joseph. Il déclara: « Celui-ci est établi pour la chute et la résurrection d'un grand nombre en Israël, et comme un signe qu'on contre­dira.» Luc 2, 34.

C'était comme si toute l'histoire du divin Enfant passait devant les yeux du vieillard. Chaque détail de sa prophétie devait s'accomplir au cours de la vie de ce Petit. On y trou­vait l'horreur de la Croix annoncée avant que Ses petits bras puissent s'étendre assez largement pour dessiner la forme d'une croix. L'Enfant susciterait une terrible contradiction entre le bien et le mal, arrachant le masque de chacun et provoquant ainsi une haine implacable. Il allait être dès maintenant une pierre d'achoppement, un glaive qui sépa­rerait le bien du mal, une pierre de touche qui révélerait les secrètes dispositions des cœurs. Les hommes ne seraient plus les mêmes dès lors qu'ils auraient entendu Son nom ou appris à connaître Sa vie. Ils seraient contraints ou de L'ac­cepter ou de Le rejeter. Il ne pourrait y avoir de compromis à Son sujet, mais seulement l'acceptation ou le refus, la résurrection ou la mort. Par Sa nature même Il mettrait les hommes dans l'obligation de révéler leur attitude secrète envers Dieu. Sa mission ne serait pas de juger les âmes, mais de les racheter et, malgré cela, beaucoup d'hommes, à cause de leurs péchés, détesteraient Sa venue.

Ainsi donc Son destin serait de rencontrer, de la part du genre humain, une fanatique opposition allant jusqu'à la mort, et cela plongerait Marie dans une profonde détresse. L'ange lui avait dit : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes », et voici que Siméon lui dit que dans sa félicité elle sera Mater dolorosa. Un des châtiments du péché ori­ginel condamne la femme à enfanter dans la douleur; Siméon déclare à la Sainte Vierge qu'elle vivra toute sa vie dans la douleur à cause de son Enfant. S'il doit être l'Homme des Douleurs, elle sera, elle, la Mère des Douleurs. Une Ma­done qui ne souffrirait pas avec le Christ souffrant serait une Madone sans cœur. Puisque le Christ a tant aimé le monde qu'il a voulu donner Sa vie pour expier son forfait, Il a voulu aussi envelopper Sa mère dans les liens mêmes de Sa propre affliction.

A partir du moment où elle entendit la prédiction de Siméon, Marie comprit que si l'Enfant était consacré pour la souffrance, elle l'était elle aussi. A peine cette jeune vie avait-elle pris son départ que Siméon, tel un vieux marin, parlait de son naufrage. La coupe d'amertume n'avait pas encore été présentée par le Père aux lèvres de l'Enfant, que déjà un glaive était montré à Sa mère.

Plus le Christ S'approche d'un cœur, plus celui-ci prend conscience de sa culpabilité. La conséquence sera, soit une demande de pardon qui fera trouver la paix, soit une révolte contre le Sauveur de la part du cœur qui n'est pas encore prêt à rejeter son iniquité. C'est ainsi qu'il séparera les bons des mauvais, le bon grain de la balle. La réaction de l'homme à la divine Présence portera témoignage : ou bien cette Présence provoquera l'opposition des natures égoïstes, ou bien elle les stimulera pour les engager dans la voie de leur régénération et de leur résurrection.

Pratiquement, Siméon désigne Jésus comme le «divin Perturbateur» qui invitera les cœurs humains à choisir entre le bien et le mal. Une fois mis en Sa présence, ils devront opter pour la lumière ou pour les ténèbres. Devant n'importe quel autre ils peuvent apparaître comme « ayant l'esprit large », mais la présence du Christ suffit à révéler si les cœurs offrent une terre fertile ou s'ils sont durs comme le roc. Il ne peut S'approcher des âmes sans les éclairer et les départager. Une fois en Sa Présence, chacun est obligé de découvrir ses pensées intimes sur la bonté aussi bien que sur Dieu.

Il ne pourrait en être ainsi s'il n'était qu'un docteur humanitaire. Siméon savait bien cela, et c'est pourquoi il dit à la mère de Nôtre-Seigneur que son Fils aurait à souffrir parce que Sa vie s'opposerait avec force aux maximes de facilité d'après lesquelles la plupart des hommes organisent leur vie. Avec telle Âme Il agira d'une manière, avec telle autre d'une manière différente, un peu comme le rayon de soleil qui amollit la cire et qui durcit la boue. Il n'y a aucune modification dans le soleil, c'est dans les objets tou­chés par ses rayons que se produisent des effets différents. Lumière du monde, Jésus sera la joie des bons et de ceux qui aiment la lumière, mais Il sera aussi comme une clarté révélatrice pour les mauvais qui préfèrent vivre dans les ténèbres. La semence est la même, mais les terrains sont différents, et chaque terrain sera apprécié d'après le rende­ment qu'il fournira. La volonté de salut du Christ est condi­tionnée par les libres réactions des âmes pour L'accepter ou Le rejeter. C'est ce que Siméon voulait dire en proclamant : « Et ainsi seront manifestées les pensées cachées dans le cœur d'un grand nombre. » (Luc 2 35)

Un conte oriental parle d'un miroir magique qui était clair lorsque les bons s'y regardaient et qui se ternissait lorsque les impurs cherchaient à s'y contempler. Grâce à cela, le possesseur connaissait toujours le caractère de ceux qui utilisaient son miroir. Siméon découvrait à Marie que son Fils serait en quelque sorte comme ce miroir : selon leurs propres dispositions intimes, les hommes aimeraient ou haï­raient Jésus. Dès que la lumière atteint une plaque photo­graphique, elle provoque une réaction chimique qui ne peut plus s'effacer. Siméon déclarait que la Lumière de cet Enfant, tombant sur les Juifs et les Gentils, imprimerait sur eux des marques ineffaçables de son action.

Siméon dit aussi que l'Enfant révélerait les dispositions secrètes des hommes. Il éprouverait les pensées de tous ceux qui Le rencontreraient : Pilate chercherait à temporiser, puis faiblirait; Hérode se moquerait; Judas pencherait pour une sorte de situation sociale bien nantie; Nicodème se glis­serait furtivement dans la nuit pour trouver la Lumière ; les publicains, collecteurs d'impôts, deviendraient honnêtes; les prostituées, pures; des jeunes gens riches repousseraient Sa pauvreté, tandis que des prodigues retourneraient à la maison paternelle; Pierre se repentirait, tandis que Judas se pendrait. Depuis ce moment jusqu'à nos jours, le Christ continue d'être un signe de contradiction. Il convenait dès lors qu'il dût mourir sur une pièce de bois dont une poutre couperait l'autre. La poutre verticale de la volonté de Dieu est traversée par la poutre horizontale de la volonté humaine de contradiction. Comme la Circoncision préfigurait l'effusion du sang, la Purification annonçait le Crucifiement.

Après avoir dit que Jésus serait un signe de contradiction, Siméon, se tournant vers Marie, ajouta : « Un glaive transpercera votre âme. » Luc 2, 35.

Elle apprenait ainsi que son Fils serait rejeté par le monde et que, lorsqu'il serait crucifié, son cœur à elle serait transpercé. De la même volonté que l'Enfant voudrait la Croix pour Lui, Il voudrait le glaive de douleur pour elle. S'il avait choisi d'être l'Homme des douleurs, Il l'avait aussi choisie pour être la Mère des douleurs. Dieu n'épargne pas toujours les bons. Le Père n'a pas épargné SON Fils, et le Fils n’a pas épargné Sa mère. Avec la Passion de Jésus il fallait compassion de Marie. Un Christ non souffrant, qui n'aurait pas payé volontairement la dette du péché des hommes, n'aurait été qu'un simple moraliste, et une mère qui n'aurait pas participé aux souffrances de son Fils n'aurait pas été à la hauteur de son rôle.

Siméon n'avait pas seulement tiré un glaive. Il avait dit aussi à quoi la Providence le destinait. Un jour l'Enfant dira: «Je suis venu apporter un glaive». Siméon révélait à Marie qu'elle sentirait ce glaive lui transpercer le cœur lorsque son Fils serait suspendu au signe de contradiction, et qu’elle-même se tiendrait debout, au pied de la Croix, dans l’accablement de sa douleur. La lance qui percerait physiquement le cœur de Jésus pénétrerait d'une manière mystique dans son propre cœur.

L'Enfant était venu pour mourir et non pour vivre, car «Sauveur» était Son nom.

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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Published by elogofioupiou - dans Vraie doctrine
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