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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 07:58

La Divinité se trouve tou­jours là où on L'attend le moins…

De tout autre enfant qui vient au monde, des amis peuvent dire qu'il ressemble à sa mère. Pour la première fois dans le temps, on pouvait dire que c'était la mère qui ressemblait à l'Enfant. Quel paradoxe : L'Enfant a créé Sa mère et, en réalité, c'est la mère qui n'est qu'une enfant. C'était aussi la première fois dans l'histoire qu'on pouvait penser que le ciel n'était pas seulement « quelque part là-haut » ; lorsque Marie regardait son Enfant dans ses bras, c'était le ciel qu'elle voyait.

En un des lieux les plus souillés de ce monde, dans une étable, naît Celui qui est la Pureté. Celui qui, plus tard, devait être mis à mort par des hommes agissant comme des animaux sans raison, naissait au milieu des animaux. Celui qui pouvait se dire le « Pain vivant descendu du ciel » était couché dans une mangeoire. Dans les siècles antérieurs, les Hébreux avaient adoré le veau d'or et les Grecs un âne. Les hommes s'étaient prosternés devant ces animaux comme devant Dieu. Maintenant, en manière de réparation, le bœuf et l'âne étaient là pour s'incliner devant leur Dieu.

Il n'y avait pas de place dans l'hôtellerie, mais il y en avait dans l'étable. L'hôtellerie est un lieu de rassemblement où se fait l'opinion publique, c'est le foyer où s'allument les mouvements révolutionnaires, c'est le rendez-vous des idoles du monde, le point de ralliement des gens populaires et des vedettes. L'étable, au contraire, est le lieu des pros­crits, des petits, des ignorés. Le monde aurait pu concevoir que le Fils de Dieu — s'il devait naître un jour — naîtrait dans une hôtellerie. Une étable était bien le dernier endroit du monde où on L'aurait attendu. La Divinité se trouve tou­jours là où on L'attend le moins.

Aucun esprit mondain n'aurait jamais supposé que Celui qui faisait réchauffer la terre par le soleil aurait un jour besoin d'être réchauffé par l'haleine d'un bœuf et d'un âne: que Celui qui, selon les Écritures, peut arrêter les astres dans leur course, aurait Son lieu de naissance déter­miné par un décret impérial; que Celui qui revêt les champs de plantes et de fleurs, serait lui-même dans la nudité; que Celui qui a façonné les étoiles et les mondes serait un jour un si petit enfant que Ses bras trop courts ne pour­raient atteindre les grosses têtes de l'âne et du bœuf; que les pieds qui parcouraient les collines éternelles, seraient un jour trop faibles pour marcher; que le Verbe éternel serait muet; que la Toute-Puissance serait enveloppée dans des langes; que le Salut serait couché dans une mangeoire; que l'oiseau qui a bâti le nid y pourrait être couvé — personne au monde n'aurait pu supposer que Dieu, venant sur la terre, s'y trouverait dans une telle impuissance et un tel dénuement. Et c'est justement pour cela qu'il y en a tant qui ne Le reconnaissent pas. La Divinité se trouve là où on L'attend le moins.

Un artiste se sent chez lui dans son atelier parce que les peintures sont le fruit de son talent; le sculpteur est à l'aise au milieu de ses statues parce qu'elles sont l'œuvre de ses mains; le viticulteur n'est point dépaysé dans la vigne qu'il a plantée; le père est en famille au milieu de ses propres enfants; de la même manière, on devrait s'attendre à ce que Celui qui a créé le monde y soit reçu et S'y trouve à l'aise comme chez Lui. Il aurait dû y venir comme l'artiste dans son atelier ou comme le père dans sa famille. Mais, que le Créateur vienne parmi Ses créatures et en soit ignoré; que Dieu vienne parmi les siens et n'y soit pas reçu; qu'il soit comme un étranger dans Sa propre demeure, — cela ne pouvait signifier qu'une chose pour un esprit mondain : c'est que cet Enfant n'était pas Dieu du tout et ne pouvait pas l'être. Et c'est bien pourquoi le monde ne L'a pas reconnu. La Divinité se trouve toujours là où on L'attend le moins.

Le Fils de Dieu fait homme fut appelé à entrer dans le monde qui était le Sien par la petite porte. Proscrit de la terre, II naquit sous terre et, dans un certain sens, fut le premier homme des cavernes de l'histoire écrite. Mais là, II ébranla la terre jusque dans ses fondements. Parce qu'il est né dans une caverne, tous ceux qui désirent Le voir doivent s'abaisser. S'abaisser, c'est le propre de l'humilité. Les orgueilleux refusent de s'abaisser et c'est pour cela qu'ils ne trouvent pas la Divinité. Par contre, ceux qui font flé­chir leur « moi » pour entrer découvrent qu'ils ne sont pas du tout dans une sombre caverne, mais dans un nouvel uni­vers où trône, sur les genoux de Sa mère, un Enfant qui tient le monde entre Ses mains.

La crèche et la Croix sont les deux pôles de la vie du Sauveur. Il a accepté la crèche parce qu'il n'y avait pas de place dans l'hôtellerie. Il a accepté la Croix parce que les hommes ont dit : « Nous ne voulons pas avoir cet Homme pour roi. » Désavoué à Son arrivée, rejeté à Son départ, Il reposa, à Sa naissance, dans une étable qui n'était pas à Lui, et, à Sa mort, dans un tombeau qui n'était pas le Sien.

Un âne et un bœuf L'entouraient dans Sa crèche de Bethléem, deux malfaiteurs L'entouraient au Calvaire, un de chaque côté de Sa croix. Enveloppé de bandelettes dans la man­geoire qui Lui servait de berceau, Il était de nouveau enve­loppé de bandelettes dans Son tombeau: n'était-ce pas le symbole des limites imposées à Sa Divinité par la nature humaine qu'il avait assumée?

Des anges vinrent dire aux bergers qui gardaient leurs troupeaux auprès de la grotte : « Ceci vous servira de signe : Vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. »Luc 2, 12.

Jésus portait déjà Sa Croix, — tout au moins celle que pouvait porter un petit enfant, une croix de pauvreté, d'exil et de faiblesse. Son désir de sacrifice était déjà marqué dans le message chanté par les anges au-dessus des collines de Bethléem : Il vous est né aujourd'hui, dans la ville de David, un Sauveur, qui est le Christ Seigneur. Luc 2, 11.

La cupidité était désormais mise au défi par Sa pau­vreté, tandis que l'orgueil se heurtait à l'humiliation de l'étable. Les limites imposées à la puissance divine, qui de soi est illimitée, sont souvent considérées comme une exi­gence excessive par les esprits qui ne rêvent que de puis­sance. Ils ne peuvent pas se faire à l'idée d'un abaissement divin, « d'un homme riche qui devient pauvre pour que, grâce à Sa pauvreté, nous devenions riches ». Les hommes ne sauraient avoir une plus grande preuve de divinité que ce renoncement à la puissance telle qu'ils la conçoivent — le spectacle d'un Enfant qui a dit qu'il viendrait sur les nuées du ciel et qui, pour le moment, est enveloppé des oripeaux de la terre.

Celui que les anges appellent le « Fils du Très-Haut » est descendu dans la poussière dont nous avons tous été pétris afin d'être un faible parmi les faibles, un homme déchu en tout, hormis le péché. Et ce sont les bandelettes qui consti­tuent Son « signe ». Lui qui est la Toute-Puissance, s'il était venu au milieu des tonnerres, nous n'aurions pas eu de signe, car il n'y a de signe que lorsqu'une chose arrive en dehors des lois de la nature. L'éclat du soleil n'est pas un signe, mais son obscurcissement en est un. Il a dit qu'au dernier jour Sa venue serait annoncée par des « signes dans le soleil », peut-être par une disparition de la lumière. A Bethléem le Fils de Dieu vint comme dans une éclipse afin que seuls les humbles d'esprit puissent Le reconnaître.

Deux catégories d'hommes seulement ont pu trouver l'En­fant: les bergers et les Mages, les simples et les savants, ceux qui reconnaissent qu'ils ne savaient rien, et ceux qui reconnaissaient qu'ils ne savaient pas tout. Il n'est jamais reconnu par l'homme d'un seul livre, ni par celui qui croit tout savoir. Dieu même ne peut rien dire à l'orgueilleux! Seuls les humbles peuvent L'entendre.

Comme Caryll Houselander l'a décrit: «Bethléem est par l'intérieur une sorte de résumé du Calvaire, tout comme un flocon de neige résume en lui tout l'univers.» La même idée a été exprimée par le poète qui disait que, s'il connais­sait dans tous ses détails la fleur qui pousse dans la fente d'un mur, il connaîtrait également « ce qu'est l'homme et ce qu'est Dieu ». Les scientifiques ne nous disent-ils pas que l'atome reproduit en lui-même le mystère du système solaire ? Ceci ne veut pas dire que le berceau de Jésus jetait une ombre sur Sa vie et le conduisait ainsi à Sa mort; c'est plutôt que la Croix était présente dès le commencement et projetait par avance son ombre sur le berceau. Les simples mortels vont du connu à l'inconnu, ployant sous des forces dont le contrôle leur échappe; c'est pourquoi nous pouvons parler de leurs « tragédies ». Mais Lui, II venait du connu au connu, du motif de Sa venue : être « Jésus » le « Sau­veur », à l'accomplissement de Sa mission : la mort sur la Croix. Il n'y avait donc pas de tragédie dans Sa vie, car la tragédie implique l'imprévu, l'incontrôlable et la fatalité. La vie moderne est tragique tant que règnent l'obscurité inté­rieure et la culpabilité sans remède. Mais, pour le Christ Enfant, il n'y avait pas de forces incontrôlables, ni de sou­mission à des liens fatals auxquels il était impossible d'échapper ; il y avait au contraire une sorte de « vue inté­rieure » — la petite mangeoire représentant en réduction, comme l'atome pour le système solaire, l'immense Croix du Golgotha.

A Son premier avènement, II prit le nom de Jésus, qui veut dire « Sauveur»; ce n'est qu'à Son second, avènement qu'il prendra le nom de «Juge». Ce nom de Jésus n'est pas celui qu'il portait avant d'avoir assumé une nature humaine. Il s'applique à ce qui a été uni à la Divinité, et non à ce qui existait de toute éternité. Certains diront : « Jésus a enseigné », tout comme ils diraient : « Platon a enseigné », sans penser que Son nom signifie « Sauveur du péché ». Dès qu'il eut reçu ce nom, le Calvaire devint réellement quelque chose de Lui-même. L'ombre de la Croix qui couvrait Son berceau couvrait aussi Son nom. « L'affaire de Son Père » c'était cela, et tout le reste était secondaire par rapport à cela.

Extrait de : La vie de Jésus (1960) Mgr Fulton Sheen.

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Published by elogofioupiou - dans Vraie doctrine
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