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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 15:28

La charité est la reine de toutes les vertus

1° Sa valeur. — L'acte par lequel nous aimons Dieu est de beau­coup le plus parfait qu'il soit possible de faire ici-bas et même au ciel. Notre-Seigneur lui-même n'a pas fait d'acte plus élevé que celui par lequel il aime son Père; et la perfection infinie de Dieu consiste dans le fait qu'il est un acte de charité infiniment parfait : Deus caritcs est.

L'acte de charité est aussi l'acte le plus salutaire que nous puissions faire ici bas. L'on sait, en effet, que l'acte de charité parfaite est incompatible avec le péché mortel; les deux ne peuvent exister dans l'âme en même temps : de sorte que le pécheur qui consent à la grâce qui l'incline à produire cet acte obtient sur-le-champ le pardon de Dieu; il lui reste cependant l'obligation de soumettre ses péchés au « pouvoir des clefs » à sa pro­chaine confession; mais ses péchés sont déjà pardonnes et il a été remis en état de grâce dès le moment qu'il a fait son acte de charité.

Il en est de même du mérite : de tous nos actes, c'est la charité qui augmente du plus grand degré notre grâce sanctifiante et, par conséquent, notre bonheur dans l'autre vie. Ce degré reçu est proportionnel à l'in­tensité de notre amour.

Si l'on songe que le moindre degré de bonheur éter­nel vaut plus que tout l'or du monde et tous les bonheurs de la terre réunis, il faut avouer que la charité, si nous savons nous en servir, est pour nous d'une valeur inesti­mable. Tout ce que nous venons de dire s'applique à la

charité parfaite envers le prochain aussi bien qu'à l'acte d'amour de Dieu. Nous n'avons en effet qu'une vertu ou faculté divine de charité; mais celle-ci a deux objets : Dieu aimé directement en lui-même et Dieu aimé dans notre prochain. Que nous aimions Dieu en lui-même ou dans notre prochain, l'acte a la même per­fection, la même efficacité et le même mérite.

Mais entendons-nous bien : il ne s'agit nullement ici de l'acte d'amour naturel du prochain : soit qu'il s'agisse de l'amour de complaisance, cette sympathie naturelle que nous éprouvons envers certaines gens à cause de leurs qualités de coeur ou d'esprit ou des charmes de leurs personnes; ou bien de l'amour de bienveillance, qui nous incline à vouloir ou à faire aux autres un bien d'ordre temporel pour un motif pure­ment naturel : bonté de coeur, générosité, compassion pour le malheur ou la souffrance d'autrui. Ce sentiment ne s'élève pas au-dessus de la philanthropie et, si enno­blissante que soit la bonté du coeur, — c'est la plus haute des vertus humaines, — elle reste bien au-dessous de la charité qui est une vertu divine méritoire de la vie éternelle. Cette dernière consiste à vouloir à notre pro­chain un bien d'ordre surnaturel : pardon des péchés, mort en état de grâce, bonheur de la vision béatifique; ou à faire aux autres un bien d'ordre temporel mais pour un motif surnaturel : par amour pour Dieu ou parce que faire du bien au moindre des hommes c'est le faire à Nôtre-Seigneur lui-même.

2° Les formules. — Elles peuvent varier à l'infini. Celle qui se trouve dans notre formulaire français est très belle et elle contient à la fois l'acte d'amour de Dieu et du prochain : « Je vous aime de tout mon coeur et j'aime mon prochain comme moi-même pour l'amour de vous. » Il y a d'autres prières qui en contiennent sous différentes formes. Nous avons signalé la chose dans les chapitres précédents. C'est le cas, par exemple, du Notre Père, ce chef-d’œuvre de toutes les prières, qui contient au moins trois actes d'amour de Dieu et quatre actes d'amour du prochain. L'Ave Maria contient pour sa part un bel acte de charité parfaite envers tous les hommes qui existent actuellement et qui existeront jusqu'à la fin du monde : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. » Plusieurs oraisons jaculatoires sont des actas de charité soit envers Dieu soit envers le prochain. C'est le cas, en particulier, de celles qui se font sous la forme du pluriel : « Coeur Sacré de Jésus, ayez pitié de nous »; « Coeur immaculé de Marie, priez pour nous ».

3° Les difficultés. — Ce que nous avons dit jus­qu'ici de la charité est de nature à démontrer que les actes de cette vertu sont faciles pour tous et spéciale­ment pour nous, catholiques. Dieu, en effet, nous a dotés, dès le baptême, d'une faculté spéciale pour faire ces actes et la grâce est toujours à notre disposition à cet effet. Mais, dans la pratique, plusieurs se heurtent à des difficultés qui les détournent parfois d'un exercice aussi élevé et aussi sanctifiant. Nous nous contenterons d'en signaler trois.

D'abord, plusieurs s'imaginent qu'ils n'aiment pas Dieu véritablement si leurs actes de charité ne sont pas imprégnés d'une affection sensible pour Dieu ou pour le prochain. Après de vains efforts pour essayer de mettre en branle leurs émotions et faire vibrer leur sys­tème nerveux, ils se persuadent de bonne foi qu'ils sont incapables d'aimer Dieu et ils abandonnent la partie.

C'est là une erreur grossière et combien domma­geable à notre bonheur temporel et éternel. En effet, nous ne pouvons aimer d'un amour sensible que les personnes et les choses qui tombent sous nos sens. Or Dieu, esprit pur, ne peut être perçu par nos sens. Il n'est donc pas naturel d'aimer Dieu ici-bas d'un amour sensible. Lorsque la chose nous arrive, c'est une grâce et une faveur spéciale de Dieu que nous devons recevoir avec humilité; mais cette dévotion sensible n'est pas naturelle et elle n'est nullement nécessaire à l'amour de Dieu, qui réside essentiellement dans la volonté.

En second lieu, lorsque nous disons à Dieu : « Je vous aime de tout mon coeur », nous avons souvent l'im­pression que la formule que nous venons de prononcer n'exprime pas la vérité, et qu'en la proférant nous nous mentons à nous-mêmes aussi bien qu'à Dieu. Cette im­pression est toute naturelle et elle s'explique facilement. D'abord, dans la plupart des cas nous ne ressentons aucun amour sensible pour Dieu; de plus nous avons conscience de dépenser tellement de notre coeur à l'amour d'une foule d'êtres créés, — choses ou per­sonnes, en commençant par nous-mêmes, — qu'il nous semble impossible de dire avec vérité que nous aimons Dieu de tout notre coeur. On est alors tenté de se décou­rager et d'abandonner la partie, avec la conviction que l'amour de Dieu dépasse notre capacité et que la pra­tique de cette vertu n'est possible qu'aux saints et aux âmes d'élite.

Eh bien, cette impression est mal fondée. Il ne faut pas s'y arrêter; il faut même la combattre. L'amour de Dieu n'est pas, en effet, incompatible avec l'amour pour certains êtres créés : il y a même plusieurs amours pour des personnes et des choses qui nous sont commandés par Dieu lui-même. Il n'y a rien là de contradictoire, car aimer Dieu de tout son coeur veut dire : aimer Dieu par-dessus toutes choses. Par conséquent, le seul amour qui soit de nature à nous empêcher d'aimer Dieu de tout notre coeur est celui qui comporte un péché mortel, puisqu'un tel acte consiste à aimer une créature plus que Dieu.

Or, est-il possible pour un chrétien ordinaire de faire un acte d'amour de Dieu par-dessus toutes choses ?

A cette question il faut répondre hardiment et sans hésiter : oui, c'est possible; c'est même facile et très fa­cile. Il suffit de vouloir. Tel est, en effet, l'enseignement du grand Docteur de l'Église, saint Augustin : « Vous voulez aimer Dieu, dit-il; mais par le fait même vous l'aimez, car l'amour est un acre de volonté. » Par conséquent, vouloir aimer Dieu de tout son coeur, c'est l'aimer de tout son coeur et par-dessus toutes choses.

Allons plus loin : désirer aimer Dieu; c'est vouloir l'aimer; demander à Dieu de nous accorder la grâce de l'aimer, c'est encore désirer et vouloir aimer Dieu; c'est donc un acte de charité. On peut donc faire l'acte d'amour de Dieu sous la formule suivante, qui ne pré­sente certainement pas l'inconvénient de nous donner l'impression de mentir à Dieu et à nous-mêmes : «Mon Dieu, faites-moi la grâce de vous aimer de tout mon coeur.»

Allons plus loin et essayons de trouver une formule encore plus belle. Il suffirait de la faire au pluriel, en demandant aussi pour tous les autres hommes la grâce d'aimer Dieu maintenant et à l'heure de la mort et dans les siècles des siècles; la formule nouvelle aurait alors l'avantage d'être à la fois un acte de charité parfaite de Dieu et du prochain : «O mon Dieu, faites que nous vous aimions de tout notre coeur maintenant, à l'heure de notre mort et dans les siècles des siècles.»

Dernière remarque : l'amour s'adresse aux per­sonnes et non à la nature. C'est pourquoi une mère aime son enfant même si celui-ci a un corps mons­trueusement difforme et s'il est privé de l'usage de la raison, car il y a dans cette nature repoussante une personne qui est son fils et qui est fils adoptif de Dieu.

Puisqu'il y a trois personnes en Dieu, nous devrions donc adresser notre formule d'amour soit aux trois per­sonnes de la Sainte Trinité : «O Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, faites que...», soit séparément à chacune des personnes.

Enfin, comme une des trois personnes divines s'est rendue visible eu se faisant homme, il faut conclure qu'aimer le Fils de Marie c'est aimer Dieu; et puisque Notre-Seigneur veut que nous lui manifestions notre amour par la dévotion à son Coeur divin, nous pouvons varier ainsi notre formule : « Coeur Sacré de Jésus, faites que nous vous aimions de tout notre coeur mainte­nant, à l'heure de notre mort et pendant l'éternité. »

Extrait de : LES PLUS BELLES PRIÈRES. Léon Lebel S. J. (1950)

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Published by elogofioupiou - dans Prières et méditations
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