Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 16:36

SS PAUL VI, lors de l’Audience générale du 28 octobre 1970.

Nous vous proposons une réflexion que chacun peut faire et nourrir sans cesse à partir de sa conscience et de sa propre expérience. Elle a pour objet le grand phénomène universel, pouvons-Nous dire, des mutations auxquelles nous assistons et participons. Tout change, tout évolue sous nos yeux, dans le monde social, culturel, pratique, économique; dans tous les domaines, pouvons-Nous dire. La vie cou­rante fait corps avec ces changements que nous retrouvons dans nos instruments d'usage courant, à la maison ou au travail, dans les habitudes de la famille ou de l'école, dans nos rapports avec le monde par les nouvelles qui arrivent à tous et de toutes les parties du monde, dans les voyages, les moeurs, les modes de penser, les affaires et la culture, et jusque dans la vie religieuse. Tout bouge, tout change, tout évolue, tout se précipite vers un avenir où déjà en rêve nous vivons. Le Concile, lui aussi, nous a rappelé ce phénomène. (Cf. Gaudium et spes, n. 5 sq.)

Voilà un fait général qui éveille en nous nombre de pensées capables chacune d'engendrer une mentalité, philo­sophique ou pratique, de grand intérêt, fondée sur des faits indiscutables, et riche, par suite, d'une respectable sagesse. Par exemple, n'est-il pas vrai que si tout change, tout périt, tout passe, tout meurt ? Notre monde nous offre

une vision à la fois magnifique et désolante de la précarité des choses et des hommes; aussi ce qu'il nous offre après ce grand orgueil que justifient ses conquêtes et ses progrès, n'est-ce pas l'angoissante leçon de la vanité de la vie ? Connaissez-vous le livre de la Bible, l'Ecclésiaste, autrement dit l'Orateur ? C'est un des livres sapientiaux que l'usage littéraire fit attribuer à Salomon, mais qui lui est postérieur. Ce livre, sans aller jusqu'au pessimisme absolu, voit les choses du monde avec franchise et sans faiblesse; dès ses premiers mots, il constate la décevante caducité de toutes choses : Vanité des vanités, tout est vanité. Quel intérêt a l'homme à toute la peine qu'il prend sous le soleil ? (Eccle. 1,2,3).

Avez-vous jamais observé combien la réflexion sur le temps et sur l'histoire a pénétré dans la pensée moderne ? Elle y a suscité divers systèmes philosophiques et scientifi­ques qui intéressent et tourmentent notre culture, comme, par exemple : l'évolutionnisme, l'historicisme, le relativisme et ainsi de suite (cf. J. Mouroux, Le Mystère du temps). L'importance pratique donnée à cette valeur primaire et fuyante, le temps, donne grand relief aux yeux de l'homme d'aujourd'hui à l'actualité, à la mode, à la nouveauté, au culte de la vitesse... Nous vivons dans le temps et le temps engendre et dévore tous ses enfants. Le temps, c'est de l'argent, dit-on. Le temps conditionne et régit toutes choses. Telles sont du moins les apparences. D'où, cette conclusion excessive au plan humain et religieux : Donc l'homme aussi change ? Donc les vérités religieuses, les dogmes changent ? Et rien n'existe de permanent ? Et celui qui prétend être dans la stabilité vit dans l'illusion ? La tradition, c'est la vieillesse et ce qu'on appelle progrès, c'est la jeunesse ? En conséquence, on pourrait abolir et déclarer périmée toute loi héritée du passé, fût-elle rai­sonnable et « naturelle »? Et nous ne pourrions de nos jours accepter une foi qui nous présenterait, pour que

nous y adhérions comme à une vérité indiscutable, des dogmes formulés au temps et dans le langage d'une culture ancienne ? Et les structures de l'Église qui comptent par siècles leur âge, on pourrait leur en substituer d'autres inventées par de jeunes génies ?

Vous le voyez, voilà bien des questions ! Vous voyez aussi sûrement comme elles ont leur répercussion dans les discussions postconciliaires, plusieurs se donnant du crédit avec le mot fameux de « 1' « aggiornamento » qu'ils enten­dent, non comme le critère d'un renouvellement cohérent et constructif, mais comme la pioche du démolisseur qu'ils couvrent abusivement du prestige de la liberté « par laquelle le Christ nous a délivrés » (Gai. 5,1).

Nous ne prétendons pas répondre ici à ces questions agressives, mais Nous osons les présenter simplement à votre réflexion pour vous stimuler à leur trouver une juste réponse, ne serait-ce que pour vous éviter les conséquences catastrophiques qui en résulteraient si l'on admettait qu'au­cune loi, aucune doctrine n'ont de titre à durer dans le temps, et que toute mutation, fût-ce la plus radicale, peut fort bien être admise pour norme de progrès, de contes­tation ou de révolution. Ce sont des questions extrêmement complexes mais non insolubles.

Tous nous observons, en particulier les croyants, au milieu de la succession du temps, que quelque chose dure et doit durer, si nous ne voulons pas que la civilisation se change en chaos et que le christianisme ne perde toute raison d'être dans la vie moderne.

Contentons-Nous de deux observations. La première : D'où vient, par exemple, au progrès humain et social la force d'attirer et de convaincre des hommes, surtout ceux qui seront ses promoteurs et ses soutiens, sinon d'un appel à un besoin dans l'homme de justice et de perfection idéale, qui naît avec l'homme et qui déborde la légalité ? Nous découvrons ce besoin inscrit dans l'être même de l'homme, comme un droit « de nature » qu'il faut traduire juridique­ment pour obliger tout le monde. La seconde observation est celle-ci : Pouvons-nous faire abstraction du Christ du passé, du Christ de l'histoire, du Christ maître, si nous voulons professer un christianisme authentique ? Le chris­tianisme est ancré à l'Évangile où on peut lire, entre autres, ces paroles du Christ : Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas (Matt. 25, 35). Une autre parole encore, comme un arc de lumière, se déploie par­dessus les siècles; on l'appelle la tradition; nous entendons en elle la voix impérative et prophétique de Jésus : Faites ceci en mémoire de moi. C'est ainsi que vous annoncerez la mort du Christ jusqu'à ce qu'il revienne (I Cor. II, 25, 26). Et quelle est l'institution qui nous rappelle le Christ de l'histoire pour que nous attendions sa venue à la fin des siècles, sinon l'Église catholique, en pèlerinage dans le temps, mais déjà victorieuse du temps ?

Ce sont là de grands thèmes sur lesquels il faut réfléchir pour retrouver aujourd'hui la stabilité et le progrès.

Avec notre Bénédiction apostolique. PAUL VI pape

Extrait de : Actes Pontificaux (203-204 Mars-avril 1971)

Elogofioupiou.over-blog.com

Partager cet article

Repost 0
Published by elogofioupiou - dans Vraie doctrine
commenter cet article

commentaires

Présentation

Recherche

Liens