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16 juillet 2015 4 16 /07 /juillet /2015 03:34

D'après le témoignage de saint Augustin, de saint Thomas et de toute la théologie catholique, il ne pouvait y avoir, pour guérir notre misère, de moyen plus convenable que la passion et la mort de Jésus-Christ. De là il est permis de conclure qu'entre toutes les dévo­tions, la plus rationnelle et la plus auto­risée est celle qui se rapporte à cette passion et à cette mort de notre Sauveur.

Nous nous permettrons ici de donner quelques conseils aux âmes pieuses en leur rappelant des pratiques, hélas trop oubliées dans notre vie chrétienne. Les unes regardent le culte du crucifix en particulier ; les autres embrassent le culte de toutes les souffrances de Jésus-Christ.

***

1. Le chrétien doit avoir jour et nuit sur sa poitrine un petit crucifix. Il ne manque pas de personnes pieuses qui portent plusieurs scapulaires et plusieurs médailles. Évidemment nous ne sau­rions les en blâmer ; mais il serait pour le moins étrange qu'elles eussent tout cela, excepté le premier des objets de la piété chrétienne.

2. Il faut placer dans la chambre que l'on occupe plus particulièrement un grand crucifix bien visible pour les yeux, même aux heures d'une demi obscurité. La négligence à cet égard serait, à elle seule, la preuve que l'on ne comprend pas tout ce qu'il y a de fécond dans cette pratique. On ressemblerait alors à ceux qui possèdent dans leur bibliothèque tous les livres de piété excepté l'Évan­gile. Ce grand Christ prête à l'âme un secours efficace. Il ramène le souvenir de la présence de Dieu : il facilite admi­rablement nos oraisons jaculatoires. On fait monter vers lui les soupirs que pro­voque la disposition du moment ; on lui demande, par un regard, par un mot, de retremper le courage, de redresser l'in­tention et de bénir le travail…

3. Le chrétien trouvera un avantage signalé à préparer ses confessions sacra­mentelles au pied d'un crucifix. Où pour­rait-il être mieux pour sonder les plaies de son âme, et pour conserver à la con­trition son double caractère, celui de la douleur, et celui du ferme propos? Nous devrons peut-être à cette pieuse pratique, fréquentant toujours le saint Tribunal, de n'en abuser jamais.

4. Ce qui n'est pas moins salutaire, c'est de faire à genoux, devant le crucifix, la revue des paroles et des actes de la journée. Cet exercice doit affecter la forme d'une préparation à la mort. On le termine en récitant, les bras étendus, l'acte de contrition et en baisant les pieds de la sainte image. Heureux ceux qui font ainsi : ils ne seront point surpris par la mort.

5. Il importe encore de recourir au crucifix, au moment de la tentation, dans les heures de tristesse et de décou­ragement, et quand il s'agit de prendre une détermination grave...

Les âmes ferventes pourront donner à ce culte des proportions plus larges ; car, à leurs tendresses, le crucifix répondra toujours par des tendresses surabon­dantes. Qu'il nous suffise à nous, dont la piété est moins ardente, de mettre en pratique les conseils qui précèdent. Nous avons à éviter l'exaltation aussi bien que l'exagération qui en serait la suite. L'une et l'autre ruineraient notre culte pieux en usant notre crucifix. Si nous versons trop rarement au pied de notre Christ les larmes d'un saint amour, n'employons pas la contrainte pour les tirer de nos yeux. Tournons-nous vers lui simple­ment et non d'un regard qui force sa flamme. « Beaucoup de personnes met­tent toute leur dévotion, qui dans les livres, qui dans les images, qui dans les signes extérieurs » (Imitation de J.-C., 1. III, ch. IV). Ne soyons pas de ce nombre.

Dans les pratiques de piété, cherchons le principe qui seul peut nous rendre meilleurs ; et, sous les figures, sachons trouver l'esprit et la vie.

***

Le crucifix est cette image sensible qui d'abord reproduit pour nous la der­nière heure de Jésus-Christ au Calvaire, et qui nous ramène ensuite à toute sa Passion. Aussi notre dévotion, partant de la croix, doit embrasser dans son mouvement l'universalité des souffrances du Sauveur. Tout exercice religieux fai­sant mémoire de Jésus souffrant ré­clame sa place dans nos habitudes chré­tiennes. Voici donc ce que nous nous permettons d'indiquer succinctement et de recommander aux fidèles.

1. Le signe de la croix. Nos pères dans le christianisme, ainsi que l'his­toire le témoigne, le traçaient sur eux plus souvent et plus religieusement que nous. Il rappelle le mystère de notre rédemption dans sa nature et dans sa forme ; il nous est un Credo, une pro­fession de foi, un gage de victoire dans les tentations, un moyen de sanctifica­tion pour nos œuvres, quand nos œuvres commencent et finissent par lui...

2. Le Chemin de la Croix. Saint exer­cice, hélas trop méconnu du plus grand nombre. Les hommes l'abandonnent à quelques femmes pieuses, et ils ont bien tort. En s'y livrant eux-mêmes, ils trou­veraient le secret d'une plus grande viri­lité dans leurs œuvres. Suivant Jésus-Christ pas à pas du prétoire au sépulcre, nous reconnaissons notre propre vie, dans les circonstances douloureuses qui la composent, et dans le principe qui la sanctifie. A chaque station on renouvelle sa science chrétienne, et le courage pour porter la croix. On recueille des indul­gences précieuses pour soi, et pour les chers absents. Nous conseillons donc à tout bon chrétien de faire l'exercice du Chemin de la Croix, chaque semaine, le vendredi, jour mémorable, qui parle si bien à notre reconnaissance.

3. L'heure sainte. On appelle ainsi l'instant que des personnes pieuses pas­sent en prière, dans la nuit du jeudi au vendredi. Elles font mémoire de ces heures douloureuses, pendant lesquelles Jésus fut livré à toutes les insultes de la cohorte ; elles l'adorent couvert du man­teau de dérision, portant le roseau dans ses mains et le bandeau sur ses yeux, gardant le silence. Heure vraiment sainte, à cause de l'amende honorable dont on la remplit, à cause des grâces qu'on en re­tire.

4. La méditation, empruntant son sujet aux souffrances diverses de Jésus-Christ. La prière mentale, si elle est bien inspirée, sortira rarement de la Passion. Elle doit en faire son élément habituel. Saint Jean Chrysostome a dit que « en chaque syllabe de l'Évangile on pourrait décou­vrir des abîmes » ; il en est de même de chaque circonstance de la Passion ; elle livre à toute âme qui s'y applique des révélations inattendues, et renouvelle sans cesse la bienfaisante chaleur de la prière. Plusieurs se découragent au bout d'un temps, et quittent l'oraison, sous prétexte qu'ils n'y ont pas d'aptitude et que leur esprit ne sait se plier à aucune méthode. Qu'ils interrogent la Passion, qu'ils re­gardent toujours la croix ; là se trouve le sujet d'une méditation qui ne lasse jamais ; là est la méthode qui convient à tous les esprits et à tous les cœurs.

5. La lecture de la Passion, dans le récit des quatre évangélistes. Cette pra­tique est importante. Il ne manque pas de chrétiens, à qui la lecture de l'Évangile est étrangère. Aussi, chose lamenta­ble, ils n'ont qu'une connaissance vague de ce qui a rempli les deux derniers jours de la vie du Sauveur. Ils seraient incapables de donner à l'histoire de ses douleurs la suite et l'enchaînement qui résultent d'une étude réfléchie. A cette lecture, il faut joindre celle des bons livres, qui expliquent le texte de l'Évan­gile, y ajoutent des considérations ins­tructives et suggèrent les applications pratiques.

6. La sanctification du Carême. L'étude religieuse dont nous parlons est pour tous les temps ; mais elle s'impose plus particulièrement à l'époque quadragésimale. Autrefois les chrétiens se renou­velaient chaque année dans le culte de Jésus-Christ crucifié, par des prières plus nombreuses et plus ferventes, ac­compagnées de jeûnes et de veilles. Hélas ! Nous ne jeûnons presque plus ; et si nous veillons, c'est plus pour le plaisir que pour la pénitence. Que le Carême au moins nous remette sur la trace du sang de Jésus. Tout ne sera pas perdu pour la mortification, si nous sommes fidèles au culte de ses souffrances. Ce que nous aurons négligé à cet égard pendant le cours de l'année, reprenons-le dans ces quarante jours, que l'Église recommande avec tant de sollicitude à notre piété.

Surtout que la Semaine sainte triomphe de nos négligences et captive nos cœurs. Ayons ce livre, qui nous en donne les admirables offices ; ce livre, familier à nos pères, et qui, malheureusement, tend aussi à disparaître parmi nous. On y retrouve les Psaumes de David, si bien choisis pour la circonstance ; les Lamen­tations de Jérémie, qui toujours nous émeuvent ; les Leçons des saints Pères qui ravivent notre foi.

7. Le saint sacrifice de la Messe. Le crucifix n'est qu'une image, qui résume la passion et la mort de Jésus-Christ ; mais le saint Sacrifice est une réalité qui les reproduit tout entières, quoique d'une façon non sanglante. Les maîtres de la vie spirituelle ont donc raison d'avancer que la sainte Messe est à la religion ce que le soleil est à la nature : elle nous donne tout Jésus-Christ, Victime, Pon­tife et Rédempteur.

Les personnes pieuses, qui ont l'habi­tude du Sacrifice de la Messe ne doivent-elles pas étudier et réformer peut-être leur méthode? Qu'on lise ou qu'on prie, il n'y a de réelle et féconde participation aux « redoutables mystères »; qu'en s'unis­sant au prêtre et par lui à Jésus-Christ, et en s'appliquant les mérites infinis de son sang répandu.

A cette fin, il est utile que les fidèles aient quelques notions sur les parties dont se compose le saint Sacrifice, sur la signification de ses cérémonies, sur les prières liturgiques.

Chrétien, notre frère, pour l'amour de Jésus et de votre âme, nous vous conju­rons de ne pas négliger ces conseils.

Imitez le pieux saint Bernard : « Du jour, dit-il, où j'ai renoncé au monde, connaissant que je n'avais pas de mérites personnels pour les offrir à Dieu, j'ai parcouru tous les mystères de la Passion du Sauveur, ses douleurs, ses opprobres, ses amertumes ; j'en ai fait un bouquet sacré que je porte sur mon cœur : j'y trouve le parfum et la leçon de ma vie. » Hoc fac et vives.

Extrait de : LES CRUCIFIX de l’abbé Chaffanjon. (1925)

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Published by elogofioupiou - dans Vraie doctrine
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