Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 02:29

D. — Porter sa croix comme Jésus-Christ.

Règles pour bien la porter:

Mais il ne suffit pas de souffrir: le dé­mon et le monde ont leurs martyrs, mais il faut souffrir et porter sa croix sur les traces de Jésus-Christ, qu'il me suive, c'est-à-dire de la manière qu'il l'a portée, et voici pour cela les règles que vous devez garder.

Ne point se procurer de croix exprès.

1° Ne vous procurez point exprès et par votre faute des croix: il ne faut pas faire du mal pour qu'il en arrive du bien ; il ne faut pas, sans une inspiration spé­ciale, faire les choses d'une mauvaise ma­nière, pour s'attirer le mépris des hom­mes ; il faut plutôt imiter Jésus-Christ, dont il est dit qu'il a bien fait toutes cho­ses, non par amour-propre ou par vanité, mais pour plaire à Dieu et pour gagner le prochain. Et si vous vous acquittez le mieux que vous pouvez de vos emplois, vous n'y manquerez pas de contradic­tions, de persécutions, ni de mépris que la divine Providence vous enverra, contre votre volonté et sans votre choix.

Éviter le scandale des petits.

2° Si vous faites quelque chose d'indif­férent, dont le prochain se scandalise, quoique mal à propos, abstenez-vous-en par charité, pour faire cesser le scandale des petits ; et l'acte héroïque de la charité que vous faites en cette occasion, vaut infiniment mieux que la chose que vous faisiez ou que vous vouliez faire. Si ce­pendant le bien que vous faites est néces­saire ou utile au prochain, et que quelque pharisien ou mauvais esprit s'en scanda­lise mal à propos, consultez un sage pour savoir si la chose que vous faites est né­cessaire ou beaucoup utile au commun du prochain; et s'il la juge telle, continuez-la et laissez dire, pourvu qu'ils vous lais­sent faire, et répondez en cette occasion et que répondit Nôtre-Seigneur à quel­ques-uns de ses disciples, qui vinrent lui dire que les Scribes et les Pharisiens étaient scandalisés de ses paroles et de ses actions : Laissez-les, ce sont des aveugles.

Ne pas viser aux croix extraordinaires.

3° Quoique quelques saints et grands personnages aient demandé, recherché et même se soient procuré, par des actions ridicules, des croix, des mépris et des humiliations, adorons et admirons seule­ment l'opération extraordinaire du Saint-Esprit dans leur âme, et humilions-nous à la vue d'une si sublime vertu, sans oser voler si haut, n'étant, auprès de ces aigles rapides et de ces lions rugissants, que des poules mouillées et des chiens morts.

Demander la sagesse de la Croix.

4° Vous pouvez cependant, et même vous devez demander la sagesse de la Croix, qui est une science savoureuse et expérimentale de la vérité, qui fait voir dans le jour de la foi les mystères les plus cachés, entre autres celui de la Croix, ce qu'on n'obtient que par de grands tra­vaux, de profondes humiliations et des prières ferventes. Si vous avez besoin de cet esprit principal, qui fait porter les croix les plus lourdes avec courage; de cet esprit bon et doux, qui fait goûter dans la partie supérieure de l'âme les amertumes les plus dégoûtantes; de cet esprit sain et droit, qui ne cherche que Dieu; de cette science de la Croix, qui renferme toutes choses ; en un mot, de ce trésor infini dont le bon usage rend une âme participante de l'amitié de Dieu : demandez-la (cette sagesse de la Croix) incessamment et fortement, sans hésiter, sans crainte de ne la pas obtenir, et vous l'aurez immanquablement, et puis vous verrez clairement, par expérience, com­ment il peut se faire qu'on désire, qu'on recherche et qu'on goûte la Croix. (Par esprit principal, Montfort entend un esprit de bonne volonté, résolu, généreux. Il emprunte le qualificatif, et ceux qui suivent, au Psaume « Miserere ». )

Profiter de ses fautes.

5° Quand vous aurez, par ignorance ou même par votre faute, fait quelque bévue qui vous procure quelque croix, humiliez-vous-en aussitôt en vous-mêmes, sous la main puissante de Dieu, sans vous en troubler volontairement, disant, par exemple, intérieurement: Voilà, Sei­gneur, un tour de mon métier; et s'il y a eu péché dans la faute que vous avez faite, prenez l'humiliation qui vous en revient comme son châtiment; et, s'il n'y a point péché, comme une humiliation de votre orgueil. Souvent, et même très souvent, Dieu permet que ses plus grands serviteurs, qui sont les plus élevés en sa grâce, fassent des fautes des plus humi­liantes, afin de les humilier à leurs yeux et devant les hommes, afin de leur ôter la vue et la pensée orgueilleuse des grâces qu'il leur donne et du bien qu'ils font, afin qu'aucune chair, comme dit le Saint-Esprit, ne se glorifie devant Dieu.

Voir Dieu qui conduit, par la croix, à l'humilité et à la sainteté.

Soyez bien persuadés que tout ce qui est en nous est tout corrompu par le péché d'Adam et par les péchés actuels, et non seulement les sens du corps, mais toutes les puissances de l'âme ; et que, dès lors que notre esprit corrompu regarde quelque don de Dieu en nous avec ré­flexion et complaisance, ce don, cette ac­tion, cette grâce devient toute souillée et corrompue, et Dieu en détourne ses yeux divins. Si les regards et les pensées de l'esprit de l'homme gâtent ainsi les meil­leures actions et les dons les plus divins, que dirons-nous des actes de la volonté propre, qui sont encore plus corrompus que ceux de l'esprit? Après cela il ne faut pas s'étonner si Dieu prend plaisir à cacher les siens dans le secret de sa face, afin qu'ils ne soient point souillés par les regards des hommes et par leur propre connaissance ; et, pour les cacher ainsi, que ne fait point ce Dieu jaloux ! Combien d'humiliations leur procure-t-il? En combien de fautes les laisse-t-il tom­ber ? De quelles tentations permet-il qu'ils soient attaqués, comme saint Paul ? En quelles incertitudes, ténèbres, perplexités, les laisse-t-il ! Oh ! Que Dieu est admira­ble dans ses Saints et dans les voies qu'il tient pour les conduire à l'humilité et à la sainteté !

Veiller aux illusions.

7° Prenez donc bien garde de croire, comme les dévots orgueilleux et pleins d'eux-mêmes, que vos croix sont grandes, qu'elles sont des épreuves de votre fidélité et des témoignages d'un amour singulier de Dieu en votre endroit : ce geste d'or­gueil spirituel est fort fin et délicat, mais plein de venin.

Vous devez croire: que votre orgueil et votre délicatesse vous font prendre pour des poutres, des pailles ; pour des plaies, des piqûres ; pour un éléphant, un rat; pour une injure atroce et un abandon cruel, une petite parole en l'air, un petit rien dans la vérité; que les croix que Dieu vous envoie sont plu­tôt des châtiments amoureux de vos pé­chés, comme il est en effet, que des mar­ques d'une bienveillance spéciale; que, quelque croix et quelque humiliation qu'il vous envoie, il vous épargne infiniment, vu le nombre et l'énormité de vos crimes, que vous ne devez regarder qu'à travers la sainteté de Dieu, qui ne souffre rien d'impur, et que vous avez attaqué; à tra­vers un Dieu mourant et accablé de dou­leurs à cause de l'apparence de votre pé­ché; et à travers un enfer éternel que vous avez mérité mille et peut-être cent mille fois ; que, dans la patience avec laquelle vous souffrez, vous y mêlez plus d'humains et de naturel que vous ne pen­sez: témoins ces petits ménagements, ces secrètes recherches de la consolation, ces ouvertures de cœur si naturelles à vos amis, peut-être à votre directeur; ces ex­cuses si fines et si promptes ; ces plaintes, ou plutôt ces médisances de ceux qui vous ont fait le mal, si bien tournées, si chari­tablement prononcées, ces retours et ces complaisances délicates en vos maux; cette croyance de Lucifer, que vous êtes quelque chose de grand, etc. Je n'aurais jamais fait, s'il fallait ici décrire les tours et les détours de la nature, même dans les souffrances.

Préférer les petites croix aux grandes.

Faites profit, et même davantage, des petites souffrances, que des grandes. Dieu ne regarde pas tant la souffrance que la manière avec laquelle on souffre. Souf­frir beaucoup et souffrir mal, c'est souffrir en damné ; souffrir beaucoup et avec cou­rage, mais pour une mauvaise cause, c'est souffrir en démon ; souffrir peu ou beau­coup, et souffrir pour Dieu, c'est souffrir en saint. S'il est vrai de dire qu'on peut faire choix des croix, c'est particulière­ment des petites et obscures quand elles viennent en parallèle avec les grandes et éclatantes. L'orgueil de la nature peut demander, rechercher, et même choisir et embrasser les croix grandes et éclatantes; mais de choisir, et de bien joyeusement porter les croix petites et obscures, ce ne peut être que l'effet d'une grande grâce et d'une grande fidélité à Dieu. Faites donc comme le marchand au regard de son comptoir : faites profit de tout, ne laissez pas perdre la moindre parcelle de la vraie Croix, quand ce ne serait qu'une piqûre de mouche ou d'épingle, qu'un petit travers d'un voisin, qu'une petite injure par méprise, qu'une petite perte d'un denier, qu'un petit trouble dans l'âme, qu'une petite lassitude dans le corps, qu'une petite douleur dans un de vos membres, etc. Faites profit de tout, comme l'épicier de sa boutique, et vous deviendrez bientôt riches en Dieu, com­me il devient riche en argent, en mettant denier sur denier dans son comptoir.

A la moindre petite traverse qui vous ar­rive, dites : Dieu soit béni! — Mon Dieu, je vous remercie; puis cachez dans la mé­moire de Dieu, qui est comme votre comptoir, la Croix que vous venez de gagner, et puis ne vous en souvenez plus que pour dire : Grand merci, ou : Miséri­corde.

Aimer la croix d'un amour « non pas sensible, mais raisonnable, mais fidèle et suprême. »

Quand on vous dit d'aimer la Croix, on ne parle pas d'un amour sensible, qui est impossible à la nature; distinguez donc bien trois amours : l'amour sensible, l'amour raisonnable, l'amour fidèle et su­prême, ou autrement: l'amour de la par­tie inférieure qui est la chair, l'amour de la partie supérieure qui est la raison, et l'amour de la partie suprême, ou cime de l'âme, qui est l'intelligence éclairée de la foi.

Dieu ne vous demande pas que vous aimiez la Croix de la volonté de la chair: comme elle est toute corrompue et crimi­nelle, tout ce qui en naît est corrompu, et même elle ne peut être soumise par elle-même à la volonté de Dieu et à sa loi crucifiante. C'est pourquoi Nôtre-Sei­gneur, parlant d'elle au jardin des Olives, s'écria : Mon Père, que votre volonté soit faite et non la mienne! Si la partie infé­rieure de l'homme en Jésus-Christ quoi­qu'elle fût sainte, n'a pu aimer la Croix sans aucune interruption, à plus forte rai­son la nôtre, qui est toute corrompue, la repoussera-t-elle. Nous pouvons, à la vé­rité, éprouver quelquefois une joie même sensible de ce que nous souffrons, comme plusieurs Saints ont ressenti ; mais cette joie ne vient pas de la chair, quoiqu'elle soit dans la chair ; elle ne vient que de la partie supérieure qui est si remplie de cette divine joie du Saint-Esprit, qu'elle la fait rejaillir jusque sur la partie infé­rieure, en sorte qu'en ce moment la per­sonne la plus crucifiée peut dire: Mon cœur et ma chair ont tressailli d'allégresse dans le Dieu vivant.

Il y a un autre amour de la Croix que j'appelle raisonnable, et qui est dans la partie supérieure qui est la raison : cet amour est tout spirituel; et comme il naît de la connaissance du bonheur qu'on a de souffrir pour Dieu, il est perceptible et même aperçu par l'âme, il la réjouit inté­rieurement et la fortifie. Mais cet amour raisonnable et aperçu, quoique bon et très bon, n'est pas toujours nécessaire pour souffrir joyeusement et divinement.

C'est pourquoi il y a un autre amour de la cime et de la pointe de l'âme, disent les maîtres de la vie spirituelle, ou de l'intelligence, disent les philosophes, par lequel, sans ressentir aucune joie dans les sens, sans apercevoir aucun plaisir raisonnable dans l'âme, on aime cepen­dant et on goûte, par la vue de la pure foi, la Croix qu'on porte, quoique sou­vent tout soit en guerre et en alarme dans la partie inférieure, qui gémit, qui se plaint, qui pleure et qui cherche à se sou­lager, en sorte qu'on dise avec Jésus-Christ : Mon Père, que votre volonté soit faite et non la mienne; ou avec la sainte Vierge : Voici l'esclave du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole. C'est de l'un de ces deux amours de la partie su­périeure, que nous devons aimer et agréer la Croix.

(A suivre)

Extrait de : Lettres aux amis de la Croix. L.M. De Montfort. Elogofioupiou.over-blog.com

Partager cet article

Repost 0
Published by elogofioupiou - dans Prières et m
commenter cet article

commentaires