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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 02:21

On entend par véritable point de vue la limite conve­nable, nécessaire, sur laquelle on doit se placer pour apercevoir les objets tels qu'ils sont et pour bien les juger.

Cette règle ne s'applique pas seulement à tous les objets de la nature, à la science et aux arts ; elle convient aussi, dans le plan religieux, à tout ce qui concerne les vérités de la foi. Un mot d'abord sur les objets naturels. Vous prenez en main un télescope ; la première opération que vous faites, c'est d'étudier avec soin ce qu'on appelle le véritable point de vue, c'est-à-dire le point le plus propre à découvrir et à observer attentivement l'astre qui vous occupe.

Vous regardez, à l'œil nu, une tour qui se montre dans le lointain, et vous ]a jugez ronde. Vous vous trompez, c'est que vous êtes trop loin ; votre œil n'a pas assez de puissance pour saisir la dimension et les angles de cette tour. Mais rapprochez-vous jusqu'à ce que vous ayez atteint le vérita­ble point de vue, alors la tour vous apparaîtra ce qu'elle est en effet, une tour carrée.

Tous les objets d'art, en peinture, en sculpture, en archi­tecture, exigent également le point de vue dont nous parlons, pour être justement appréciés. Ainsi en est-il de ce qui a rapport à la religion, mais en se conformant néanmoins à l'or­dre établi par la Providence. Cet ordre, le voici :

Le monde matériel a été donné en spectacle à vos re­gards.

Le monde purement intellectuel est du domaine de notre esprit.

Et c'est au cœur qu'il appartient de connaître et d'ex­plorer le monde surnaturel et divin.

Avec cette différence que l'œil de l'homme n'aperçoit les objets extérieurs qu'à l'aide de la clarté du jour.

L'esprit de l'homme a besoin, pour pénétrer dans les sciences, d'être guidé par les lumières de la raison.

Et le cœur de l'homme ne peut connaître les choses supé­rieures, s'il n'est éclairé des lumières de la foi.

Nous disons le cœur et non pas l'esprit, car c'est par le cœur qu'on croit véritablement, dit l'apôtre saint Paul dans son épître aux Romains.

Et de même que les beautés de la création échappent à l'organe de notre vue, si cet organe est vicié ou malade ; de même qu'il est impossible de sonder les profondeurs de la science, si l'on n'a qu'une intelligence bornée et rétrécie; ainsi est-il impossible que le cœur puisse s'élever à la connais­sance des objets divins, si ce cœur n'est pas sain, pur, libre, dégagé de tout ce qui pourrait détruire ou diminuer en lui l'influence de la lumière divine.

La pureté du cœur, voilà donc le véritable point de vue pour étudier le monde surnaturel. Voilà la condition essen­tielle, indispensable, pour entrer en communication avec Dieu.

Chose admirable et touchante tout à la fois ! Il n'est pas nécessaire d'avoir de la science, des talents pour connaître et pour aimer Dieu ; combien de gens qui auraient été privés de cette connaissance et de cet amour s'il avait fallu cela ! Il suffit d'avoir un cœur, et plus ce cœur se purifie, plus il connaît les perfections de Dieu et plus il l'aime.

Qu'on soit sur la terre ou dans le ciel, c'est toujours la pureté du cœur qui nous met en possession de la science divine.

La pureté du cœur est le vrai thermomètre spirituel. On se rapproche ou l'on s'éloigne de Dieu, à proportion que cette pureté augmente ou diminue en nous.

Sur la terre la pureté commencée, et par conséquent encore bien imparfaite, ne voit Dieu qu'à travers un voile et comme dans un miroir. Dans le ciel, la pureté consommée voit Dieu face à face, tel qu'il est. Ce sont les divers degrés de pureté qui établissent les divers degrés de hiérarchie dans la cité céleste.

Ainsi s'accomplit la sublime parole de Jésus-Christ sur la montagne : « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu !

On s'étonne quelquefois de rencontrer des hommes éclai­rés, instruits, des hommes qui jouissent d'une certaine ré­putation dans le monde, et qui cependant demeurent étran­gers aux croyances et aux pratiques religieuses.

La raison en est toute simple, et se déduit naturellement des principes que nous venons d'établir : c'est que ces mêmes hommes ne remplissent pas les conditions voulues ; ils n'entrent pas dans la voie que la sagesse divine elle-même nous a tracée. Au lieu de baisser la tête et d'accepter hum­blement les révélations de la foi, ils se renferment dans leurs propres idées, et ne consultent que la raison humaine qu'ils regardent comme un oracle.

Mais il ne s'agit pas ici de raisonnement ni de science humaine. La foi de l'humble charbonnier qui croit sans raisonner, est mille fois préférable à la science de l'orgueilleux penseur qui raisonne pour ne pas croire. Dieu n'a pas voulu soumet­tre les vérités de la foi à notre esprit ; il ne nous demande pas des explications, il nous commande de croire.

Vous voudriez arriver à la foi à force de raisonnements, vous vous trompez.

Que penseriez-vous d'un homme qui, en plein midi, à l'heure où l'astre du jour inonde la création des flots de sa lumière, entrerait dans sa chambre dont il fermerait avec soin la porte et les fenêtres, et là, à la lueur d'une petite lampe s'occuperait à calculer la grandeur du soleil, sa hauteur, son éloignement de la terre: cet homme, à force de calculs et de raisonnements, parviendrait-il à jouir de la lumière du soleil ?...

Philosophes, savants du siècle, vous êtes cet homme dont nous parlons. La petite lampe, c'est la raison humaine ; le grand soleil qui éclaire le monde, c'est la foi. Cette lumière \divine luit dans les ténèbres; et les ténèbres ne l'ont point comprise. Voulez-vous en jouir ? Ce ne sont pas des raisonne-ments que Dieu vous demande, mais des sacrifices. Éteignez (votre petite lampe qui vous est inutile en ce moment ; laissez-là toutes les subtilités de l'esprit qui ne vous servent de rien ; ouvrez, ouvrez largement la porte de votre cœur au rayon divin en écartant soigneusement tout ce qui pourrait mettre obstacle à son influence, nous voulons dire les mauvaises passions et l'habitude du vice. Alors la foi vous illuminera, elle vous consolera, elle vous fortifiera, et tant que votre cœur restera pur, vous goûterez et vous verrez combien le Seigneur \est bon de vous avoir fait chrétien.

L'abbé layet.

Extrait de Lectures Méditées (1933)

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Published by elogofioupiou - dans Méditations et prières
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