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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 01:34

Oh mystère insondable ! Un Dieu est mort pour nous. Un Dieu fait homme a livré son humanité en victime d'expiation à la justice divine et a fait peser sur elle le fardeau de toutes les iniquités. Cette expiation s'est faite par la souffrance et par la mort afin de nous épargner à nous-mêmes la mort spirituelle et l'éternelle souffrance.

Mon âme est triste jusqu'à la mort

Au jardin des Olives, il est saisi d'effroi et de dégoût. La tristesse et l'ennui l'envahissent. Il a la claire vue de tout ce qui se prépare contre lui. Il accepte le calice d'une amertume sans nom et qu'il doit boire jusqu'à la lie. Toute consolation lui est retirée, c'est une véritable agonie, son cœur déborde, des sueurs de sang l'inondent et coulent jusqu'à terre. Si un ange du ciel lui apparaît et le fortifie, c'est afin de le rendre capable de porter une douleur qui dépasse les limites de la puissance humaine. Où trouvera-t-il une consolation dans cet effroyable abattement ? Ses disciples les plus chers sommeillent et dorment malgré ses instances et ses reproches. Pourtant, il vient de les consacrer prêtres. Ils avaient promis de le suivre partout, et s'étaient dé­clarés capables et prêts de vider avec lui le même calice... Et à côté de Jésus abîmé dans l'amertume et l'abandon, eux se sont endormis. C'est la passion de l'âme qui est commencée pour Jésus et trois de ses Apôtres, les plus favorisés, en sont les premiers instruments. Mon Père ! S'il est possible, que ce Calice s'éloigne de moi !

Celui qui doit me trahir approche

Mais voici quelque chose de plus affreux. A la tête d'une troupe de soldats et de valets, avec des lanternes, des torches, et des armes, Judas s'avance, il s'approche de Jésus : Salut Maître, lui dit-il, et il l'embrasse. Ami, lui dit Jésus, qu'es-tu venu faire ? Tu trahis le fils de l'homme par un baiser.

Judas, c'est encore un intime, un disciple, un confident. Tout à l'heure il était au cénacle, il se laissait laver les pieds par Jé­sus. Il communiait à son corps et à son sang. Il était lui aussi ordonné prêtre. Déjà il avait vendu son Maître, maintenant il le livre. Judas c'est l'avarice, la jalousie, l'hypocrisie. Judas c'est le sacrilège, l'apostasie, la trahison, tout à l'heure ce sera le déses­poir; mais malgré tout Jésus l'avait aimé, il l'aime encore, il l'ap­pelle son ami, il reçoit son baiser. Sa parole est tendre, son affec­tion suppliante, mais le cœur endurci de Judas résiste à tout, et le poignard de la trahison est plongé par lui dans le cœur de Jésus, c'est la passion de l'âme qui continue.

Non je ne connais pas cet homme-là !

Plus tard chez le grand prêtre Caïphe, une foule qui blasphè­me entoure le Sauveur. Pierre qui dormait au jardin, au lieu de prier, s'est joint à la multitude, une servante l'aperçoit, elle croit le reconnaître : Tu étais avec Jésus de Galilée ! Pierre le nia de­vant tout le monde : Femme, je ne le connais pas. Je ne sais, je ne puis comprendre ce que tu dis. Le voici inquiet, cherchant à s'esquiver; à d'autres qui l'interrogent il répond une seconde fois dans les mêmes termes. Mais ton langage te trahit, lui dit-on. Est-ce qu'on ne t'a pas vu dans le jardin avec lui ? Non, non, je ne connais pas cet homme-là, je ne sais ce que vous voulez dire.

Jésus, à qui rien ne pouvait échapper, entendit ces paroles. Pierre qui avait jadis confessé sa divinité et reçu ses promesses les plus glorieuses, Pierre qui dans sa foi bruyante avait voulu se dérober à l'humilité de son Maître, Pierre qui se croyait plus fer­me et meilleur que tous les autres, et qui avec jurement avait pro­mis de ne jamais abandonner Jésus, quand il serait seul à le soute­nir, Pierre qui vient de tirer l'épée pour défendre son Maître, ce même Pierre, effrayé à la voix d'une femme, renie Jésus et dé­clare ne point le connaître, ne l'avoir jamais fréquenté, lui être absolument étranger.

Conçoit-on combien cette conduite du futur chef de ses Apôtres fut sensible à Notre-Seigneur. Cependant Jésus passe. Il s'applique ici à lui-même le précepte qu'il avait naguère formulé pour ses prêtres. Avant de monter au Calvaire où il doit s'offrir en victime sur l'autel de la Croix, il porte dans l'âme de celui qui vient de l'offenser si gravement, le pardon sans atten­dre la supplication ou les excuses du coupable; il n'attend point que Pierre marque son repentir et demande pardon, il a pitié de la gêne qui sans doute empêche son disciple de parler, il arrête sur lui son regard. Les yeux du disciple renégat rencontrent ceux de son Maître. Il peut y lire le reproche sans doute, la douleur en même temps que la sévérité, il y aperçoit surtout une infinie miséricorde, et cette bonté provoque la confiance avec le repentir et Pierre verse des larmes amères qui augmentent encore la pas­sion de l'âme de Jésus.

Mgr Joseph-Médard Emard, év. (92)

Extrait de : Nourritures Spirituelles, tome 1. Fides 1956

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Published by elogofioupiou - dans Prières et m
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