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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 09:11

« CE QUI MANQUE A LA PASSION DU CHRIST »

La considération attentive de la Rédemption universelle du gen­re humain permet de découvrir que plusieurs agents collabo­rent à cette grande œuvre de miséricorde et de justice. Dieu le Père donne son Fils en rédemption de nos péchés; le Christ sa­tisfait par sa Passion et nous mérite les faveurs divines; les saints achèvent dans leur chair ce qui manque aux souffrances du Sau­veur (Col. I, 24). A qui faut-il donc attribuer en propre l'œuvre surnaturelle de notre délivrance du péché et de notre réconci­liation avec Dieu ?

La satisfaction de Jésus

Si l'on considère les artisans de cette œuvre rédemptrice, il faut tenir que la satisfaction parfaite de nos péchés est propre au Christ d'une manière immédiate. C'est lui qui, en tant qu'hom­me, souffre sur le Calvaire et offre ses souffrances d'une valeur infinie en compensation de nos fautes. Bien plus, cette satisfac­tion est son œuvre personnelle. Il en est la cause prochaine d'une façon absolue, puisque seule la personne du Verbe, en tant qu'elle possède la nature humaine, mérite, satisfait, s'immole et nous sauve.

Mais si l'on se place au point de vue de la cause première et éloignée, on peut dire que la Trinité tout entière est cause de la satisfaction. La vie du Christ, objet d'une valeur infinie of­fert en compensation du péché, appartenait à la Trinité, comme à son premier Auteur. C'est la Trinité qui en a décrété l'offrande par la Passion; c'est encore elle qui a inspiré à l'Homme Dieu de souffrir pour nous et qui a déterminé d'avance toutes les cir­constances de sa mort sur la Croix. L'œuvre satisfactoire de Jésus est d'ailleurs une œuvre divine externe, qui, selon les enseigne­ments de la foi, est commune aux trois personnes de la Sainte Trinité. Aussi est-il juste de conclure que la compensation of­ferte à Dieu pour l'injustice du péché et ce qu'on lui offrit ap­partenaient immédiatement et proprement au Christ en tant qu'homme, bien que sa satisfaction parfaite doive être attribuée à la Trinité, comme à sa première cause.

La satisfaction des Saints

Quant aux souffrances des saints, elles profitent au salut des fidèles, non par mode de satisfaction en rigueur de justice, mais à titre d'exhortation et d'exemple, selon la déclaration de saint Paul aux Corinthiens : Nous sommes dans la tribulation pour votre exhortation et votre salut (II Cor. I, 6). Car seules les souf­frances du Sauveur, à proprement parler et d'une manière ab­solue, satisfont en stricte justice pour les péchés des hommes. Les souffrances des saints constituent une satisfaction de conve­nance qui peut effacer la peine temporelle due au péché actuel, mais qui n'a qu'une valeur relative. Ainsi les saints, dont les souffrances jouent un rôle actif dans la satisfaction du péché, doi­vent être considérés, non précisément comme des corédempteurs, mais bien plutôt comme des coadjuteurs du Christ, cause propre et immédiate de notre parfaite restauration spirituelle. [ ... ]

La satisfaction des justes

Aux souffrances du Sauveur, qui étaient le lot de l'infirmité qu'il a prise, la divinité conféra une puissance infinie capable de nous restaurer. La chair, dans laquelle le Christ a souffert sa Pas­sion, écrit saint Thomas, est l'instrument de sa divinité, et c'est en raison de sa divinité que les souffrances et les actions du Christ agissent, dans la vertu divine, en vue de chasser les péchés. Aussi l'infirmité de la nature passible et mortelle du Sauveur, en tant qu'elle appartient à un Dieu, possède-t-elle sur la croix une puissance réparatrice qui dépasse infiniment toute puissance humaine. Grâce à l'union hypostatique, la satisfaction qui s'y accomplit est douée d'une vertu spirituelle, qui obtient son efficacité en nous par le contact spirituel de la foi et des sacrements de la foi. [...]

Nôtre-Seigneur Jésus-Christ s'est substitué à nous, a satisfait à notre place. Sans les terribles souffrances endurées dans son hu­manité très sainte et dans sa volonté absolument conforme à la volonté de son Père, sa satisfaction vicaire serait demeurée invi­sible et n'aurait pas pu, de ce point de vue, servir d'exemple aux rachetés, qui doivent compléter dans leur chair ce qui manque aux souffrances du Christ.

Non pas que la satisfaction du Christ pour nous ait en elle-même besoin d'un complément. Elle est absolument parfaite. Nous avons maintes fois rappelé sa valeur infinie qu'elle tient de la Personne du Verbe et sa valeur objective qui lui vient du genre d'action, du nombre et de l'intensité des souffrances de Jésus. Cause universelle, elle a cependant besoin d'être appliquée à chaque âme en particulier, afin d'enlever les péchés propres. Outre qu'elles réalisent une certaine configuration au Christ souf­frant pour nous sur la Croix, les souffrances des âmes saintes achè­vent ce qui manque aux souffrances du Christ en ce sens qu'elles contribuent par mode de convenance à l'application aussi parfaite que possible de la satisfaction infiniment méritoire du Sauveur, application qui se doit faire par la foi et les sacrements.

Arthur-Guzman Albert, o.p.

Extrait de : Nourritures Spirituelles, tome 1. Fides 1956

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Published by elogofioupiou - dans Prières et m
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