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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 14:42

LA COMPASSION DE MARIE (I)

La Mère des douleurs

Sur l'humble sommet d'une colline qu'on appelle le Golgotha, une Croix dressée domine le monde et embrasse les siècles de son histoire : c'est la croix du Christ Sauveur. Bois infâme, s’il n’en fut jamais, et bois d'ignominie, la croix fait encore aujourd'hui le scandale des Juifs; elle reste une folie aux yeux des païens. Mais pour nous, les élus de Dieu, la croix est toute force et toute sagesse (I Cor. I, 23); car elle fut l'instrument d'un supplice ré­dempteur, teinte et empourprée du sang de l'Agneau divin.

Ce vendredi-là, le ciel de Judée vit donc Dieu fait homme ex­pirant, pieds et mains cloués au gibet; il vit aussi l'indicible af­fliction de la mère du Crucifié, silencieuse et debout, tel ce prê­tre blessé consommant à l'autel un double sacrifice : le sacrifice d'un homme et le sacrifice d'un Dieu !

Le ciel alors s'est soudain obscurci, comme pour voiler un si douloureux spectacle. Mais le récit en fut tracé dans les pages inspirées de l'Évangile, et ce souvenir nous reste. Voyez ! Avant de revivre le drame inénarrable de la Passion du Fils, l'Église, donnant libre cours à ses sanglots, commémore la Compassion de sa divine Mère.

Et c'est pour pleurer avec elle que nous allons la contem­pler ensemble : Qui donc retiendrait ses larmes, à contem­pler la Mère du Christ dans un si dur supplice ? Oh ! Oui, pleu­rez vous tous qui avez connu les douleurs d'une mère; pleurez, si vous avez jamais senti en votre âme navrée le contre coup des souffrances d'une femme à qui vous deviez le souffle et la vie ! Oh ! Oui, pleurez, ne tarissez pas de larmes. Car c'est aujourd'hui la fête de notre mère; et la fête d'une mère comporte toujours, du moins par un côté, des douleurs et des larmes !

Vous avez donc vécu de douleurs, ô Marie, comme les autres vivent de pain, et votre breuvage s'est dilué dans les larmes (Ps. CI, 10). Mais pourquoi dès lors, grand Dieu ! Toutes les nations vous proclament-elles bienheureuse ? Cent générations auraient-elles tout oublié des gémissements de leur mère, (Eccl. VII, 29) et vous-même, dans les transports inspirés de votre Magnificat, auriez-vous mal connu l'avenir ?

Oh ! Non. Vous êtes bienheureuse, ô Marie, parce que, sans connaître la mort, vous avez cueilli la palme du martyre, au pied de la Croix (Communion de la messe). Vous êtes bienheureuse, ô Marie, parce que vous avez ainsi contribué au rachat du monde, et qu'aujourd'hui vous rayonnez de grâces. [...]

Arrêtons-nous à ces deux pensées. Marie a partagé les souf­frances du Rédempteur : nos cœurs ne peuvent pleurer plus d'amertume ! Marie a coopéré à la rédemption du monde : notre confiance ne peut reposer sur plus de puissance ni plus d'amour !

La reine des martyrs

Vous avez remarqué, vous qui avez vieilli, que la sensibilité est le secret parfum des grandes âmes, le lustre des âmes pures,

Or, Marie était née innocente et pure; elle était restée tou­jours incomparablement vierge. En elle, aucun désordre, aucun désaccord entre la chair et l'esprit : elle ignorait toutes ces mé­prisables souffrances que nous nous causons à nous-mêmes, ou que notre corps de lui-même inflige à notre âme.

Mais, aux coups qui viennent du dehors : privations, durs traitements, faim, soif, lassitude, quelle exquise sensibilité dans cette chair virginale ! Et quelle âme ne fut jamais plus accessible à la douleur que cette âme délicate créée pour aimer son Dieu devenu son Enfant, et ornée des dons les plus parfaits de con­naissance et d'intuition ! Qui donc mieux que cette innocente créature pouvait ressentir la malice des hommes, les coups meur­triers des événements, la persécution des choses ?

Toute la vie du Christ fut une croix et un martyre. Il n'a pas plu au Ciel qu'il en fût autrement de la vie de Marie. Vous avez entendu le vieillard prophète, tenant dans ses bras tremblants l'Enfant Dieu. Il s'est retourné brusquement vers la jeune mère. Et vous-même, dit-il, un glaive, un long et large glaive, vous transpercera l'âme (Luc, II, 35). La Passion est encore à plus de trente ans de là, et Marie est frappée. Elle est frappée la premiè­re; elle restera debout la dernière. C'est la fuite en Égypte sous le coup des fureurs d'Hérode, c'est la perte de Jésus au Temple, c'est l'inquiétude d'une vie sans fortune. Plus tard viendra la sé­paration d'avec Jésus partant pour les courses de son ministère public. Bien mieux que David et Isaïe, la Mère de Dieu connaît à l'avance les ignominies, les tourments qui attendent son Fils; pendant plus de trente ans, elle les médite en son cœur pour en savourer l'amertume (Luc, II, 19).

Et puis, voici l'adieu suprême. La scène dut se passer à Béthanie, ville de l'affection. Et quand Jésus partit pour la dernière Cène, Marie le vit s'éloigner sans pouvoir le suivre : le glaive promis pénètre dans son âme ! Le Fils de l'homme va être trahi, livré aux gentils, conspué, condamné, crucifié... (Luc, XVIII, 32). Et vous n'y serez pas, ô ma Mère !

Après deux nuits passées seule avec sa souffrance, Marie va revoir, sur le chemin qui conduit du prétoire au Calvaire, son Fils couronné d'épines et chargé de sa Croix, Leurs regards seulement se rencontrent; Jésus a des paroles de consolation pour de pieu­ses femmes... avec sa Mère il garde le silence. Et le glaive plus avant s'enfonce dans son âme...

Elle le suivra maintenant jusqu'au bout. Elle verra l'abandon de tous les disciples, la fureur des scribes, la malice d'un peuple en furie; elle verra son Fils dépouillé honteusement de ses habits que des soldats de corvée se partageront; elle le verra clouer à la croix; elle verra deux scélérats lui être donnés pour escorte, seul cortège de son exaltation douloureuse; elle entendra ses pa­roles de pitié, d'amour, de pardon, de douleur, de confiance. Et le glaive plus encore déchirera son âme...

Il reste un dernier coup à porter : un soldat avec sa lance perce le côté de Jésus : l'âme du Sauveur s'est déjà retirée, et c'est le cœur même de Marie que ce glaive transperce.

Puis, les ténèbres couvrent le monde. Ni la douleur de Marie, ni son amour ne s'éteignent; la Mère des douleurs reçoit et retient quelques instants sur ses genoux le corps livide du Sauveur. Mais le jour qui baisse à l'horizon mesure les derniers épanchements; il faut hâter, avant le coucher du soleil, les suprêmes devoirs ren­dus à la dépouille divine qu'on emporte au tombeau; et la grotte funèbre se referme bien vite. Et cette précipitation même ajoute une nouvelle douleur (Perroy). Le glaive ne peut aller plus avant dans son âme !

Tant de souffrances nous confondent. Il faut les rapporter au Christ Jésus qui les a voulues pour notre édification et qui les a aimées pour notre salut. Car Marie n'a tant souffert que pour coopérer à notre rachat; c'est la pensée la plus douce à notre piété reconnaissante.

Mgr Paul Bernier, o. ap.

Extrait de : Nourritures Spirituelles, tome 1. Fides 1956

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Published by elogofioupiou - dans Prières et m
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